Les Trente trentenaires au monde merveilleux des lutins

Voici le soir des trente trentenaires :
Ils se sont réunis non loin d’Hostun
Et son « Monde merveilleux des lutins »,
Dans la maison d’enfance séculaire
De l’un d’entre eux, pour les trente bougies
De l’ami d’une amie de mon amie.

Ce sont d’anciens ados un peu has been ;
Ils ont déjà soufflé, vraiment, au moins
Trente pétards – c’est la manie du coin -,
Et ont passablement mauvaise mine :
Les coiffures rasta d’adolescents
Contrastent avec les récents cheveux blancs ;

Ils se connaissent tous depuis l’école,
Dont ils ont conservé pulls à capuche,
Blousons en cuir noirs et pantalons larges,
Ainsi qu’un parler résolument cool,
Pour accueillir de quelconques lurons
En les faisant passer pour des héros.

Tout semble cependant un peu éteint :
Un couple a amené son jeune enfant,
Les fumeurs sortent ; et il pleut doucement
Sur les clans qui se forment au jardin ;
Les yeux hagards fixent un feu de bois
Où se trémoussent les joies d’autrefois.

Dedans, c’est un défilé monotone :
On entre à la recherche d’aliments,
On s’en roule un bien à l’abri du vent,
Puis on rejoint son groupe de personnes.
Il ne se passe rien de très osé :
C’est, paraît-il, une ambiance « posée » ;

L’un d’entre eux risque même un trait d’humour
En enfourchant un vieux tricycle rouge :
Tout le monde sourit, aucun ne bouge ;
Après quelques braves aller-retours,
Le jeune homme, ayant gagné du crédit,
Met fin à l’hilarante comédie.

On coupe alors le son. Dans les murmures
Arrivent les gâteaux d’anniversaire.
Il faut chanter en cœur en ayant l’air
Joyeux. Le trentenaire est immature :
Il commence à se sentir un peu nase.
Lentement, un vague rêve s’écrase.

On sent planer dans l’air des tragédies
Dissimulées, des drames effacés.
C’est le soir où les enfants rois trépassent.
Aux notes d’un piano désaccordé,
L’un des rastas, enfin, bat le tambour :
Je vais pouvoir jouer de la guitare.

Que vienne mon trentième anniversaire,
Je soufflerai comme un gosse les bougies,
Sous le jeune œil de l’ami d’une amie,
Avec de récents cheveux blancs, tout noir :
Me voici, plus tard, comme eux, au studio
D’un ami d’enfance, faisant l’idiot.

***

Illustrations inspirées du jeu vidéo The Legend of Zelda, trouvées sur ce site.

À propos de Langda


5 responses to “Les Trente trentenaires au monde merveilleux des lutins

  • racbouni

    Touchant petit récit, qui rappelle bien des fêtes de trentenaires ou d’approchant la trentaine…

    A mi chemin de la vie, on s’en pose des questions…

    Je découvre Hostun petit bled de 9000 habitants dans la Drôme, département que je n’ai jamais visité !

  • Désirée

    Dis Ad, le monde est drôlement petit: j’habite à Bourg-de-Péage. La Drôme méridionale est belle certes, personnellement je l’adore du côté de Nyons, mais j’aime aussi sa sauvagerie rousse du coté nord. La beauté de son paysage vallonné qui fait face au Vercors. Bon dieu! que j’aime ce coin de Terre!

    Quand à ton texte, il y a tant à y lire. L’enfance prendrait donc fin à trente ans? La semaine prochaine je vais souffler mes 50 bougies. Le chiffre me parait énorme, incroyable, mensonger, impossible, et cela pas par un effet de coquetterie (j’assume parfaitement mes premières rides et je trouve mes cheveux gris très jolis). La société voudrait me faire entrer dans un moule où je n’ai pas du tout envie de me glisser, celui des « seniors ». Comment commencer à « être vieux » quand la tête ne s’y prête pas? C’est bête. L’autre jour je racontais à ma fille combien l’an 2000 nous paraissait loin et porteur d’espoir quand j’étais ado dans les années 70. On s’imaginait que l’on vivrait comme dans des romans de SF. C’était tellement loin l’an 2000! Sauf qu’il est venu, passé, et puis voilà. Pourtant née en 1961 j’ai vu tant de choses changer entre le meilleur et le pire. J’ai parfois l’impression d’avoir vécu au temps des dinosaures… 😉

    • Langda

      Je savais que tu habitais vers Valence (je ne sais plus comment, par quelque allusion dans un commentaire peut-être), mais Bourg-de-Péage ! Je vis à Grenoble, mais j’ai grandi à Romans, et j’y redescends encore assez régulièrement. Peut-être nous croisons-nous parfois, sans le savoir, le week-end, au marché de la place Saint-Barnard, ou sur la terrasse de la Charrette !

      Je suis pour que l’enfance ne prenne jamais fin ! Mais je suis aussi tout fier de mes premiers cheveux blancs ! De l’enfance, il faudrait jeter la bêtise, la cruauté, le conformisme… mais garder l’esprit rêveur, la curiosité, l’émerveillement, la relation magique au monde…

      C’est drôle, avec toute la technologie qui commence à nous envahir, j’ai parfois l’impression qu’on vit vraiment comme dans un roman de SF. It’s happening now ! Diraient nos amis anglophones.
      Have a nice day

      • Langda

        Quand même, « la sauvagerie rousse du côté nord » : tu t’emportes ! Il n’y a que des collines et des grottes de mollasse. Mais c’est en effet un coin très joli et tranquille, qu’on savoure mieux avec le temps et à mesure qu’on s’y attache. Et puis, le splendide Vercors, c’est vrai, est à deux pas !

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