Melancholia

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Photos tirées du film Melancholia, de Lars von Trier

J'ai connu une femme qui pleurait tout le temps Quand on lui parlait mal Quand on lui parlait bien Quand on ne lui parlait pas Quand on lui offrait une fleur Quand la fleur était pour une autre Quand elle ne savait pas laquelle choisir Avant de s'endormir Ou d'aller au travail Et en rentrant chez elle Que sais-je encore ? A chaque échec Chaque victoire Tout changement C'est tout un monde Qui s'effondrait Les gens pensaient : qui voudra d'elle ? C'est un problème génétique Qui est inscrit dans ses cellules ! Pourtant, elle épousa un homme L'homme le plus attentionné qui soit Et qu'elle aimait vraiment de tout son cœur Nul n'a jamais compris pourquoi Le jour de son mariage fut une apocalypse Et l'on jasa beaucoup sur le fond un peu triste De ses deux beaux yeux noirs Cependant, certains disent qu'ils l'ont connue heureuse Au cœur d'une prairie au bord d'une rivière Parmi les reflets d'or de la lumière Nue et offerte aux yeux de tous L'univers est obscur comme la peine de certains Il est des nébuleuses qui ressemblent à des cœurs saignant, Pour rien, dans le néant, sans qu'on sache pourquoi Et il est des trous noirs qui se referment sur eux-mêmes Et sur leur minuscule cœur de plomb Peut-être, un jour, ce monde-là viendra-t-il à son terme Quand on y pense, ça peut très bien être demain Les particules vi brent n'importe comment Et les foules en panique ont des mouvements browniens Car au fond, c'est la peur de la mort Qui nous rend à peu près tous marteaux

À propos de Langda


5 responses to “Melancholia

  • Désirée

    « Ultra-moderne solitude ». C’est ce que j’avais dans la tête à mesure que je descendais ton texte… Sinon le film, il est bien?

    • Langda

      Ah oui, j’avais oublié cette chanson de Souchon ! Sinon, j’ai trouvé ce film très bien, du bon von Trier, moins obscur et bizarre que d’habitude, mais très original comme toujours, plein de belles images et plein de sens. Ce poème en est totalement inspiré, on peut même dire que c’est juste mon interprétation du film.

      • Pivoine

        Je n’ai pas vu le film. J’ai déjà vu certains films de Lars von Trier. Toujours un univers violent et poétique.
        Ce poème me fait penser à un certain immobilisme de l’instant afin de se protéger de l’imprévisible instant suivant. Il évoque aussi pour moi dans la façon qu’a la jeune femme d’appréhender sa vie, le pouvoir qu’elle impose aux autres en réduisant à l’échec les approches bienveillantes. Cela va jusqu’à la question d’une problématique génétique à l’origine de ses troubles. Du coup, elle reste figée telle une icône, infligeant pourquoi pas cette peur de la mort. La peur de la vie engendre une mélancolie irrépressible contre laquelle, le mélancolique érige un mur sacré que nul ne parvient à percer.

  • Nounedeb

    J’ai beaucoup aimé le film. Un grand film. Je retrouve en te lisant cette atmosphère étrange, prenante, ces personnages perdus, cette fin…
    Mouvement brownien des foules, bien vu.

    • Langda

      Eh ben justement, je ne me suis pas forcé à reproduire cette atmosphère, car ce qui m’a motivé à écrire dessus est que j’y ai retrouvé certaines de mes thématiques favorites actuelles, comme les parallèles entre l’univers et l’esprit humain.

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