Robot

Il était un robot Capable de parler Chinois, français, anglais Espagnol et igbo, De composer en toute langue D'extraordinaires harangues Sans jamais prendre un air barbeau : Il connaissait les temps verbaux, Toutes les règles de syntaxe, Et de son naturel prolixe, Analysait, dans son labo, Toutes nos interrogations En faisant des permutations, Puis émettait des placebos... Il avait un secret pied-bot : Intelligent en apparence, Il n'accédait jamais au sens Des octets connectés aux mots Qu'il employait, assez relax. Ce n'était donc qu'un philodoxe Qui se dépatouillait, un quiproquo. Or, un beau jour, notre robot S'éprit d'amour pour une humaine Pendant au moins une semaine : Il s'agissait d'une bimbo Avec, à la place du cœur, Un charmant microprocesseur. Et le robot Eut beau parler Chinois, français, anglais Espagnol et igbo D'amour et d'eau fraîche De petit Jésus dans la crèche Et mettre le turbo ##### Quitte à en faire beaucoup trop Pour décrocher la lune, Prétendant préférer les brunes – Ou bien vantant les bonobos *De son amour la cristallisation * #### Et la récente stabilisation De son nouveau boulot Lui dire cent fois « je t'aime » En morse, binaire, hexadécimal Et dans tous les langages Singeant un vain marivaudage Ou bien paraphrasant Stendhal Faire des spéculations (il n'était plus lui-même !) ##### Sur ses fiches de salaires Ou sur l'évolution Du prix de la baby-sitter Et à cours d'enthymèmes lui composer des odes Qui plussent à Shéhérazade Ce n'était qu'un robot ! Il eut souvent des bugs ####, Et fit de nombreux tags, Avec un gros bobo Au fond du processeur : Il n'y avait rien à faire, Elle n'avait pas de cœur, Et zut ! Il n'était pas très beau. Et donc, notre pauvre robot, Qui n'accéda jamais au sens, Connut au moins l'amour et la souffrance, Le chinois et l'igbo, En plus de l’hexadécimal, Ce qui n'est quand-même pas mal, Remarquons-le, pour un robot.

À propos de Langda


4 responses to “Robot

  • Nounedeb

    Le robot t’inspire, à défaut de ressentir. J’en reprendrais bien une razade.
    Ronron.

    • Langda

      Comme tu vois, c’est à moi de m’inspirer de toi ! Si tu en veux une razade, je crois que j’écrirais bien encore un peu dessus : c’est un bon sujet, merci !

  • Désirée

    Ce ne serait pas une photo du film « La planète interdite »?

    Ton poème me fait penser à une BD lue il y a pas mal d’année, ou après un genre d’holocauste une rescapée se tape un robot. Le jour où elle croise enfin un humain et mâle en sus, elle oublie aussitôt le robot. Sauf qu’entre temps il a développé des sentiments. La jalousie c’est terrible même chez les robots. Le dernier mâle de la planète finira étripé. C’est un thème récurent de la Sf que j’ai toujours adoré, et encore plus dans « Blade runner ». « Je pense donc je suis » 😉

    • Langda

      Apparemment oui, je lis « Forbidden planet » en tout petit sous l’image, mais j’avoue que je l’ai prise sans savoir, j’aimais bien le côté SF rétro… Oui, c’est un thème bien classique, que j’ai mêlé à un autre sujet plus philosophique concernant l’intelligence artificielle, qu’on peut étendre au langage et à l’être humain : un robot doté d’une IA pourra sembler intelligent, mais il ne manipulera que des signes, et n’aura jamais accès à leur sens. Je pense, mais je ne comprends rien, donc je préfère aimer 😉

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