« érection pestilentielle »

c’est seulement le vrai nom
d’une grande voie d’escalade
que je suis fier d’avoir gravie
il y a plus de dix ans
sur les falaises de Presles
à côté de Pont-en-Royans
250 mètres d’ascension
ça nous a pris plus de huit heures
car j’avais pas du tout le niveau
mais heureusement
je vouais une confiance absolue
à mon compagnon de cordée
qui réussit tout de même
à se tromper verticalement de chemin
à me faire penduler d’un immense surplomb
pour récupérer du matériel qu’on avait oublié
ou encore à bricoler un relais de fortune
avec une pierre coincée au fond d’une grotte
car nous n’avions plus assez de corde
après avoir manqué le relais précédent
quant à moi il est vrai
que mon erreur fut de liquider
toutes nos réserves d’eau
dès la première demi-heure de grimpette
suite à un effort un peu trop violent
pendouiller comme un gros boulet inerte
huit heures sur une paroi
aussi verticale et accidentée
que ce poème
en plein été
en plein soleil
nos mains déshydratées
ne voulaient plus lâcher
les prises sur le rocher
mais ça valait bien le détour
de visiter des coins inaccessibles
aux formes calcaires incroyables
avec une belle vue sur les Alpes
et sur les têtes d’aiguilles des arbres
au moins pour la descente en rappel
parce que franchement
la voie est bien plus difficile
que ce que le topo annonce
et aux 3/4 du parcours
on arrive sur un pic collé au mur
tout recouvert de crottes de bouquetins
les gens qui donnent leurs noms aux voies
ont quand même un humour à chier

À propos de Langda


6 responses to “

  • Stéphane Bernard

    J’ai écrit un truc sur celle connue (parmi quelques autres) pour sa titanesque difficulté et qui répond au nom fascinant de « Biographie ». Il y a quand même des noms fantastiques parmi ces voies d’escalade. Et bel exploit, bravo poète des cimes ^^

    • Langda

      Ah oui ça me dit quelque chose ce nom, une légende dont j’ai dû entendre parler à l’époque… Tu t’y étais essayé ? Est-t-il possible de lire ton texte ? Poète des cimes, je sais pas, mais grimpeur du dimanche, ça oui !

  • Stéphane Bernard

    Le voici (mais je le trouve un tantinet abscons…) :

    Biographie – Il existe, sous le pic de Céüse, une voie d’escalade qui pour beaucoup d’aficionados est encore impossible et qui se nomme Biographie. Elle nous rappelle qu’on peut avoir franchi plus que qui nous domine et que c’est le regard vers le camp de base qui mesure notre vertige, cette route de notre soif.

    Quant à l’escalade, mon Dieu non, j’ai grave le vertige (comme tout bon pessimiste ^^). Je me contente des rochers de mon coin de mer natal (le point culminant doit se situer à 12 ou 15 mètres…). Mais la varappe possède un langage du corps et de liberté qui me plaît. Quand j’étais ado, un type comme Edlinger me fascinait. Comme une ascèse hyper-oxygénée et loin des cellules délétères. Et à 8 ans j’avais un pyjama « Edmund Hillary – 8848 m » ^^

    • Langda

      Ben il est bien ton texte, et plutôt clair je trouve…
      J’aimais bien l’escalade pour le contact avec le rocher, l’aspect tactile, et pour le fait d’explorer des endroits inaccessibles à l’homme, avec une géométrie différente, on a l’impression d’être dans un autre espace… Mais j’étais plutôt peureux, et maintenant je n’ai plus le temps ni la condition physique… Edlinger, je l’ai croisé par hasard, faisant son footing sur la fameuse route des crêtes du Verdon, il y a huit ans !

    • Langda

      J’ai même serré la pince d’Alain Robert, que mon mono connaissait, quand j’étais gosse ! ;-p

  • Stéphane Bernard

    Ah oui ? tu trouves ? bon bah merci, une fois de plus ça valait le coup d’avoir un avis extérieur.

    Eh bien tu as croisé la crème de la crème du solo, dis donc… De vraies stars du roc. Des Borgs de la grimpette ^^ Des types vraiment sidérants… Et pour la condition physique, no comment… une ascèse… Par chez moi l’équivalent ce sont les Peyron et les Pajot, franchisseurs d’autres sortes de crêtes ^^

    Il y a aussi le funambulisme à la Philippe Petit qui est fascinant. As-tu vu ce doc sur cette « panthère noire perchée » et les (feues) Twin Towers ? J’ai découvert son art grâce à un petit essai de Paul Auster (que je n’aime pas trop en tant qu’auteur de romans mais que j’adore en tant qu’essayiste – une plume chirurgicale et sensible). Ce Petit a d’ailleurs écrit un « Traité » sur sa passion et ce bouquin est sur ma liste depuis quelques temps déjà. J’aime me régaler de points de vue si décalés. Comme tu dis : « une géométrie différente »…

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