Archives d’Auteur: Langda

À propos de Langda


camaïeu de verts
sur les miches toutes blanches des cimes
et si t’es pas content y’a aussi la raie du pêcheur en treillis militaire

(haïcul)


– Maman ! Dans nous maison, on va mettre une grande cheminée pour faire du feu avec des fleurs, et comme ça ça sent bon ! Dans nous maison nouvelle, on mettra une marmite de pipi-caca dessus le feu, comme ça le loup y cuit dans mon pipi ! Maman ! Noutre maison ça sera une maison-bac-à-sable, comme ça on peut creuser des baignoires où on veut, et puis aussi, on peut changer les murs des chambres comme on veut ! Hein maman ? Dans nous zardin y’aura un gros robot pour faire fuir tous les papillons, un arbre avec beaucoup de feuilles pour faire une cabane comme au parc, et un tout petit trou comme ça on fait une chambre à l’écureuil ! Hein maman ? Maman ! On aura ça dans nous maison à nous ?

(dialogues philosophiques avec un gentil p’tit démon)


Ok Google
(l’homme qui googlait à l’oreille de Google)

j’ai tapé :
qu’est-ce que l’homme ?
dans Google
Wikipédia m’a répondu :
« un animal qui se réveille
avec une tablette 11 pouces le matin
qui passe la journée sur son téléphone 5 pouces
et qui s’endort devant une télé 32 pouces »
j’ai tapé :
pourquoi sommes-nous sur Terre ?
dans Google
Google Earth m’a répondu :
« l’important ce n’est pas l’endroit où l’on se trouve
c’est qu’il vous reste 171 964 km à parcourir à pieds
avant la fin de votre itinéraire sur cette planète
soit environ 10 années de marche »
j’ai tapé :
y’a-t-il un dieu ?
dans Google
Twitter m’a répondu :
« le compte de Jésus-Christ
a quasiment autant de followers
que la page Instagram de Mahomet »
j’ai tapé :
et l’amour ?
dans Google
Facebook m’a répondu :
« liker c’est d’abord se liker l’un l’autre
mais vous avez atteint le nombre maximum
d’amis
autorisés »

image : Sammy Slabbinck


Héraults
of the mythes
and magiques


Y’a
quatre mois
j’ai monté
une armée de poètes
pour protéger le monde
en voici la composition
en avant-première
Grégoire
d’Armor
première ligne
guerrier berserker nain
pourfendeur d’aristos
gros bourrinage à la hache
gros bouclier pour encaisser
poèmes de guerre terrifiants
semant la panique chez l’ennemi
assez roublard pour extorquer
des réductions aux marchands
d’armes ensuite
Frédérick
Houdaheur
guerrier-mage demi-orc
bourrin mais également
lanceur de sorts à l’épée longue
donneur de claques et d’illusions
spécialisé dans le sauvetage de dames
qui ont surtout besoin d’être sauvées
du poète de leur quotidien
et éditeur de parchemins
ça peut servir
puis
Emanuel
Grande-peau
géant des neiges
moine du soleil
capable d’écraser
l’adversaire à mains nues
après lui avoir envoyé
deux petits lutins facétieux
pour lui ronger les nerfs
en une danse
maléfique
voilà
pour les
costauds
après on a
Perrin
Langue
d’Ac
(c’est
moi)
barde
homme à tout faire
toujours d’accord
si faut cogner les mots y cogne
si faut piéger une phrase y piège une phrase
si faut vider les poches des honnêtes gens y vide leurs poches
si faut lancer des métaphores de flammes y lance des métaphores de flammes
si faut plomber l’ambiance avec des chansons tristes y plombe l’ambiance
puis viennent les troupes
à distance d’abord
Pénélope
Gore
archère
elfique
sans arc
aux flèches
trempées
dans le
poison
des cieux
qui font
mouche
une
seule
fois
par
jour
ensuite
Heptanès
Fracturion
golem d’argile prêtre des rues
invocateur de zombies punks à chiens
le type qui joue à coller des incantations
sur les enseignes de l’ennemi
pour panser
les passants
et pour finir
Lorenzo
Bouhissé
sorcier
vaudou
provocateur d’hallus
dresseur d’iguanes
ayant bien traversé
cent contrées inconnues
pour en ramener d’obscures
formules
magiques
et si ça
suffit pas
on invoquera
le capitaine Sapin
pour qu’il anéantisse
toute résistance
sur son croiseur
stellaire
voilà
voilà
y’a
quatre mois
j’ai monté
une armée de poètes
dans un jeu vidéo
du coup j’écris plus
trop


électrocardiogramme
d’un arrêt « Cadillac »

..


17 ans
qu’ma bagnole
descend le fleuve
20 ou 30 fois par an
qu’elle nous emmène
rendre visite à nos parents
semblable à un globule
bleu
charriant
l’oxygène
vers le
cœur
et toujours
au retour
le soir
on s’arrête
dans les bouchons
d’une longue
artère
bordée
d’arbres
et de feux
bronchioles
lucioles
forêts
de phares
qui scintillent
je me demande
la pollution
a-t-elle laissé autant de crasse
sur les murs de la ville
que dans nos
poumons ?


On ira tous au paradis

« Tu mangeras les dépouilles de tes ennemis que Yahvé ton Dieu t’aura livrés » (La Bible de Jérusalem, Deutéronome – 20, 14 : bon appétit)

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offrez des plats surgelés aux bornes kilométriques
agrafez-vous des plumes de perroquet aux lèvres
ne mangez que du tamanoir tué par prise de soumission
priez comme une autruche tête enfouie dans le sable
et surtout cachez bien vos oreilles
sous un bonnet orné de cloches de vaches
c’est ce que l’authentique voix de Dieu a dit
hier soir à 23h51
devant la télé de l’asile
au beau-fils de ma voisine
qui sortira
dès demain enfin
normalement

(Rediffusion spéciale Pâques, poème de 2014)


Bon, il y a beaucoup de passages du Guide de la poésie galactique, paru chez Gros textes en 2017, que j’aurais aimé reproduire ici : celui où l’immortel poète Sammy Sapin se réveille de quelques siècles de cryogénisation dans une époque où personne ne se souvient malheureusement de lui ; celui où il précise qu’il n’est pas pédéraste avant de se lancer dans un superbe blason masculin du postérieur de son coéquipier spatial ; celui où il décrit minutieusement ses ébats sexuels avec une femelle-extraterrestre-poulpe ; celui où des limaces passionnées de poésie le confondent avec Charles Bukowski ; celui… mais pour ne pas révéler des extraits clés de l’intrigue, je vous laisse juste avec ce joli morceau de poésie interstellaire :

Ai moins froid.

Nettement moins froid.

Suis sorti du hangar et me retrouve
sur le pont d’un navire
qu’il faudrait appeler :
vaisseau spatial.
Préfère appeler ça un navire quand même : ça me rappelle
le temps où ma femme et moi
faisions du voilier
dans le golfe du Morbihan. La bonne époque.

Fais quelques pas sur le pont, et là,
au-dessus de moi,
à travers les baies vitrées
taillées en mosaïques
pareilles aux mille facettes
des yeux d’une mouche,
aperçois
un spectacle sans égal
l’univers
l’univers qui est une mer
ivre, noire, démontée,
bouillonnant d’atomes,
soupe
épileptique et primordiale
dans laquelle
des navires immenses, sphériques,
semblables à des zeppelins tuméfiés
et d’autres plats comme des murènes
et d’autres comme des dés
et d’autres comme des fleurs absolument
sans pétales
brillent
puis disparaissent,
dans laquelle
un trou noir
gigantesque, avide,
se contracte et palpite
et engloutit
la matière
environnante,
dans laquelle
une comète
déchire le néant, furieuse, vibrante,
perçant sa route solitaire
à travers les galaxies,
dans laquelle
une géante rouge cannibalise une planète ridée,
grise, pâle comme une momie,
l’entoure
de ses bras de flamme, l’attire à elle,
la tracte dans le four
de sa matrice irradiée, l’englue
de sa bave placentaire écarlate, la décompose,
la broie, la dévore – on croit
presque entendre
des cris moribonds, des souffles haletants,
une
prière sans espoir –
dans laquelle
des communautés d’étoiles clignotent,
peut-être pour mourir
peut-être pour naître,
dans laquelle
le ciel
n’est pas le ciel inerte de la Terre,
le pauvre ciel inhabité
des anciens hommes,
mais une chose nouvelle, étrangère, féconde et jeune
d’une jeunesse sans âme, violente,
insatiable.

Me frotte les yeux.
Pense : C’est pas tout ça,
la vue vaut le détour,
mais après toutes ces émotions,
faut vraiment que je me boive
un petit whisky.
Et du bon.
De l’écossais. Lagavulin, si possible.

Sammy Sapin


Mater tes monts m’fait fondre


lingerie
de neige

partie
en luge

dans les nues

(haïcul du printemps)


l’insoupçonnable potentiel
de réussite de la grosse loose

réussir ses études
gagner pas mal de fric
pour avoir un boulot vraiment nul
et pas une minute de temps libre
ou bien
rentrer bredouille
d’une petite sortie pêche
sur une rivière absolument superbe
sans avoir fait souffrir aucun poiscaille
des fois
réussir c’est rater
et puis bon d’autres fois
rater c’est réussir plutôt
à vous
de retrouver
la voie de la
victoire


Aujourd’hui, un extrait d’un poème de Patrick Joquel, Mammifère à lentilles, paru aux éditions Grandir en 2002 :

Tu travailles
tu te bats avec le programme
autant que tes professeurs
mais ce sont eux
qui détiennent le stylo rouge
et toi tu es assis
juste à côté de la fenêtre

Prenez une feuille
nom
classe
date
contrôle numéro 17×17

Pas de chance
Hier
Tu as révisé l’autre leçon

Faut dire qu’hier
tu avais d’autres chats à fouetter
mais le collège n’en saura rien
ne te demande rien

Nom
classe
date
contrôle

Ces mots claquent
régulièrement
à ton oreille
et tu comprends
de mieux en mieux
l’éternelle histoire
des délits de faciès
ou la crainte des sans-papiers

L’érable se penche vers toi
ses feuilles caressent la fenêtre
et le merle te souffle un oignon
de Norge
cela ne fait pas vraiment tes affaires
tu souris

Adieu moyenne
encouragements
compliments
félicitations

Tu regardes le tableau

Chaque phrase t’apparaît
comme un système solaire
avec autant de planètes
que de mots

Tu navigues
dans cet espace infini
sans te décider
à jeter l’ancre

Tu te demandes
s’il existe une terre
où le verbe aimer
ne serait pas déchiré

Brusquement
tu manques d’air
touché par un missile scolaire

Patrick Joquel, extrait de Mammifère à lentilles, éditions Grandir, 2002


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