Archives de Catégorie: j’ai oublié mon appareil

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l’hiver
on s’habille

quand

la nature au contraire
se met toute nue

elle montre à tous sa peau de terre toute jaune
tachetée de feuilles rousses

les cheveux gris de ses branchages

hirsutes
ses vieilles ravines
boueuses abandonnées

on dirait une grand-mère fébrile
qu’aurait voulu aimer une dernière fois

avant de finir

ensevelie
sous les neiges éternelles

sauf

qu’il lui reste toujours
quelques fleurs de primevères

prêtes à bourgeonner

comme de l’acné juvénile
sur la peau d’une gamine

malicieuse

***

(j’ai oublié mon appareil photo mais j’ai quand même pris des poèmes)

 


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tu sais
le ciel

ne commence pas précisément

à 776 km
au-dessus
du sol

tes deux
poumons
en sont pleins
et ta tête est
plantée dedans

pourquoi ne pas ouvrir
la main en attraper

un bout

et te le replier
discrètement
dans la poche

(avant de
retourner
ramper
au fond)

hein ?


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la Chartreuse n’a les chicots blancs
qu’une petite partie de l’hiver

sinon
y sont plutôt jaunes en automne
et même carrément verts à la belle saison

sur sa langue
vallonnée
un village
se tient au
frais comme
un bonbon
dans la neige

c’est clair
qu’on claque un peu
des crocs sous son palais

infiniment bleu
mais quand
on a la gueule dans les nuages
ça passe tout d’suite bien mieux

 



y’a comme

un p’tit bout

d’bonheur

qui r’descend

l’échelle

de l’horizon

y’a l’
dernier
brin d’lumière
qui s’barre en toboggan
vers on sait pas encore vraiment trop bien où

y’a
l’dada d’la planète
………qu’est
………monté
sur ressorts et s’emballe

y …. ………. y ‘ …… y ……….
y ……….. ….. y ……….
a tout l’tour du bac à sable
du jardin d’Grenoble
qu’est plein d’graines folles

….

y’a des parents qui crient plus que leurs mômes

y’a des ados qui chassent
des rêves le dos plié en deux

y’a surtout des gens

tout p’tits
qui font n’importe-quoi

mais bon

c’est comme ça
partout
au fond

y’a la
voiture d’Arthur Nina et Niels
qu’a repris la route des vacances
mais dans les quatre directions
et même s’ils s’ …….connaissent
……même ……………….. pas

………………y’a
toute la ville qui m’swingue
s ……………………………….k
o ……………………………….i
u ……………………………….o
s ……………………………….s
…………………………………q
l ……………………………….u
……………………………….e
et ça ça m’fait quéqu’chose
ça m’fait quéqu’chose de dingue

(j’ai oublié mon appareil photo mais j’ai quand même pris des poèmes)



journée au zoo

mon fils est à l’affût comme un suricate
maman ouistiti lui court après dans toutes les directions
et papa gnou fonce dans le tas de temps en temps

quant aux vrais fauves
ils font la sieste

ignorant
totalement

tous ces visiteurs
captivés

les poèmes passent et se ressemblent

c’est bientôt la fin des vacances

chacun va retrouver son côté de la cage

animaux humains lecteurs pages

(j’ai oublié mon appareil photo mais j’ai quand même pris des poèmes)


(ci-gît
un cimetière
d’escargots)

(mes erreurs
de toutes les tailles
entassent ici
leurs coquilles
vides)

(un poème les a brisées d’un coup de bec
pour picorer leur chair gluante
puis repartir sur un coup d’aile)

ma langue
est plus une
limace qui
traverse
langou-
reusement
le chemin
sous la pluie

(j’dis ça
j’dis rien)

(j’ai l’esprit un peu lent)

(j’ai oublié mon appareil photo mais j’ai quand même pris des poèmes)


drôle d’endroit
pour passer des vacances

le matin
chaque brin d’herbe est soit tout cramé
soit squatté par de tout petits escargots argentés

y’a des fleurs qui poussent
mais dans les poubelles
et la pelouse toute jaunie bourgeonne
de burgers qui se décomposent

à midi
un teufeur fait dodo
sur la seule table de pique-nique

les emballages
carton volent entre les nuages
gris masqués par d’épaisses fumées noires
venues de la forêt du coin qui flambe encore

chaque soir
on y respire de la poussière de Terre

des ados font des raves
parties avec leurs téléphones portables
et les rayons lasers d’un soleil tout bavant

cette nuit
y’a même une exposition
d’un certain « TEUBI »
l’artiste a gribouillé son blaze dans la poussière
de tous les murs qui tiennent encore debout

c’est les gamins
qui dansent jusqu’au petit matin
et les parents qui s’couchent avec les poules

demain
cherche pas non plus
à plonger dans l’étang du coin :
« fermé pour pollution aux bactéries fécales »

(j’ai oublié mon appareil photo mais j’ai quand même pris des poèmes)



du vent dans l’âme


l’air de rien

une forteresse
crâne


lieu touristique pour poux

armateurs de cheveux
hauts-perchés


son squelette de calcaire

charrie des montagnes

bien loin des terres de peaux
boisées de poils


quand l’eau des fleuves coule dans ses veines

toutes les vallées du pays s’articulent
semblables à un immense golem dont les membres s’éveilleraient lentement
………………………………………………………………………………………..
bon
au lieu de raconter des conneries je vais peut-être redescendre maintenant


(j’ai oublié mon appareil photo mais j’ai quand même pris des poèmes à Sisteron)



arrêt sur nuages
pause falaises
elles ressemblent à d’immenses vagues
pétrifiées qui retiennent la mémoire
d’anciennes tempêtes encore un peu menaçantes



et tout ces jeunes
si insouciants
qui continuent de surfer
là-dessous avec leurs téléphones



j’ai bien reçu
quelques gouttes
d’écume des cimes



il pleut
quoi


(j’ai oublié mon appareil photo mais j’ai quand même pris des poèmes)



à l’orée

un panneau sur une tronche de bois :

« vous entrez dans
la forêt d’une conscience »


tous ces troncs d’arbres en sont les barreaux

les cailloux
le calcaire
du crâne

les pins c’est des pointes de cheveux

et les aiguilles sur le chemin

vous piquent un peu la gorge


ici ça mousse de souvenirs d’enfance

la fraîcheur de l’oubli aussi fait du bien
on y entend couler le temps

et le chant d’un poème
…………………………perché
dans le silence


les rayons du monde extérieur vous y atteignent parfois
à travers des branchages affreux

mais quand vous déboulez sur une clairière

c’est l’illumination

(j’ai oublié mon appareil photo mais j’ai quand même pris des poèmes)

 …


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