Archives de Catégorie: la vie est un hoax

je suis un type plutôt normal
(enchanté de vous connaître)
une de mes arrière-grands-mères
avait la maladie d’Alzheimer
mon grand-père paternel frappait ses enfants
à coups de ceinture et les enfermait dans la cave
quant à ma grand-mère maternelle
un de mes oncles
et mon petit frère
ils sont atteints de schizophrénie
mon papa aime un homme très sympa
dont un fils est chômeur
et l’autre militaire
ce qui n’est pas du tout une maladie
comme une partie de la population le croit
mais forcément
ma maman a fait plusieurs dépressions
et j’ai aussi une cousine trapéziste
ce qui n’est pas une maladie non plus
rien n’est une maladie
ma femme est d’origine coréenne
sa sœur adoptive mythomane
leur papa adoptif malentendant greffé d’un rein
nous avons deux jolis petits enfants métisses
qui ont l’air tout à fait heureux
malgré une ascendance catastrophique
et même si j’écris quelques strophes
je suis un type plutôt normal


Les raisons sans cieux

(Google traduction)

..


youpi courrier
n’importe qui croit être une encyclopédie
tu te réveilles devant le livre des visages
tous les oiseaux chantent que
tu es un tube
et que ta femme est une guerrière d’Amazonie
en lutte contre les putes de ses propres plates formes
tout l’monde est connecté à son boulot
subitement le streaming de ta vie s’est figé
instantané de toi
en discussion instantanée
avec lunettes Google
« vous avez 10^100 messages à lire »
des torrents de lumières gratuites
à payer dans une baie virtuelle
quel programme
y’a-t-il au-dessus de nous
pour que tu daignes lire
ce truc


poésie engagée

poésie
engagée
j’écris ton nom
sur ma tablette
bien vautré dans mon canapé
avec ma fille qui tète sous le menton
mon fils qui m’interrompt
toutes les deux secondes pour dire n’importe quoi
et ma femme qui me somme d’arrêter de glander
j’aimerais bien leur offrir un jardin alors comme plein
d’autres potes poètes profs pro prolos d’notre époque
qui ont quatre mois de vacances sur douze
je vais sans doute
devenir un poète engagé
mais sur 30 ans de prêt immobilier
avec la banque de ma banlieue
bourgeoise ma femme et mes enfants
n’en cacheront pas leur
joie


Un conte de fées tout à fait vraisemblable au 21e siècle :
« L’histoire de la princesse Courrielle et du prince Chargement »

un jour
mon ordi portable
et celui de ma femme
ont eu
une jolie petite tablette
qui en épousa une autre
et enfanta
toute une ribambelle
de smartphones
trois
générations d’appareils
que partagent une famille
connectée
ils eurent beaucoup d’écrans
et vécurent chacun dans leur
coin


Les pieds sur Google Earth
et la tête dans le cloud

 

dans mon pc
j’ai soixante mille gigaterras de fausses photos d’anniversaires
des décennies de fichiers vidéos sur ma petite vie idéale
et tout un siècle de diaporamas de souvenirs de ma propre vacance
les hautes résolutions en milliards de pixels de tous mes paysages existentiels
en fait je les garde pour quand je pourrai plus bouger du tout
quand le système aura connecté mon cerveau à un cœur de synthèse
pour exploiter l’espace inusité d’une mémoire personnelle infinie
disons un millénaire avant mon décès programmé
alors là oui j’aurai enfin le temps de regarder tout ça
de voir toute ma toute petite vie défiler en images
flash d’une éternité en mémoire flash
avant de rendre l’âme
à une sauvegarde
en ligne
😉


l’indicible
(mon cul)

la poésie
n’est pas
une fontaine
de jouvence
mais
celui qui en écrit
sera considéré
comme jeune
jusqu’à quarante cinq ans au moins
tu rêves de séances dédicaces
entouré de mamies folles de toi ?
de lectures endiablées
devant un public de grands-pères endormis ?
et de crouler sous les exemplaires auteur
après avoir attendu des années
que la sortie de ton recueil auto-oublié
n’intéresse pas la moindre librairie ?
alors comme ça tu voulais être un grand poète ?
meurs
reviens nous hanter
dans trois siècles
écris comme il y a cinq cents ans
en rimes ABBA riches ou suffisantes
ou alors écris juste n’importe quoi
ça te donnera un air surréaliste
mais n’oublie quand même pas
d’inscrire ton blaze
au mouvement littéraire
qui est au programme
du bac
(des fois
qu’un prof
fasse lire
ton livre
…)


T’es triste
dans ton âme boy ?

as-tu trouvé ta place
dans la partie de Tetris
des embou-
teillages
ce matin ?

je veux dire tu
préfèrerais t’insérer
dans le flux infini
ici ou plutôt là ?

file de
gauche
ou de
droite ?

si tu atteins la bonne case de la ligne d’horizon
celle-ci disparaît-elle en allumant son clignotant ?

oh t’y
penses
au pied
des bâtiments
qui s’amoncellent
ou tu
bloques
la route ?


si j’avais su bébé
ce jour où tu t’es allongée auprès de moi sous un buisson
à l’arrière de notre lycée avec une bouteille de Pisang Ambon
que dix-sept ans plus tard tu m’aurais fait deux beaux bambins
j’aurais peut-être pas perdu du temps avec d’autres nénettes
j’aurais peut-être pas goûté seulement à la boisson
j’aurais peut-être plus fumé ton mec si j’avais su bébé
ce jour où tu t’es allongée auprès de moi sous un buisson
que toutes ces rêveries roulées dans l’herbe bleue
j’aurais bien pu risquer une ou deux bosses
j’serais resté pour t’embrasser
j’aurais pas fui avec la sonnerie
si j’avais su bébé
chérie

(ronds dos
à quatre reins)



si j’me rappelle de mon adolescence
comme d’un rêve à moitié réveillé
c’est pas vraiment qu’elle était merveilleuse
juste qu’on avait des nuages dans le sang
et des poissons dans nos bagnoles fumeuses
chez nous quand une fille t’embrassait
c’était avec la langue menacée par les braises
elle te soufflait son âme jusqu’au fond des poumons
le lendemain t’avais du bitume dans les bronches
tu t’enfermais dans un cube de dix mètres carrés
récupérais en jouant à bastonner des vers de terre
puis la nuit revenait avec ses étoiles en béton
et les copains s’prenaient à nouveau pour des visionnaires
sauf que l’un d’entre nous avait tout bonnement des visions…


(sonné)


23 jolies petites choses simples
à emporter dans un bunker en cas d’apocalypse


ce sympathique
bonhomme de neige
fait d’eau solidifiée
qui fond avec le temps
c’est toi

poème pour garder
ton popotin asiatique
dans un p’tit haï-cul

chérie
nos chairs
rient
pleurent
et nous
on meurt

c’est le dernier poème du monde
bon ben manque de bol il est raté

il existe un pays
de fleurs des champs
où les brins d’herbe
uniformes et les pétales
de toutes les couleurs
vivent ensemble

du
haut
de vagues
cimes aux falaises
d’écume un ouragan de calcaire
me tourbillonne parfois dans la matière grise

oh non le soleil a plongé dans la plaine et je suis tout éclaboussé d’horizon

voilà je me
suis bricolé
une cabane
pour les enfants
dans la caboche

des truites mouchetées de petits astres noirs
dormaient sous les reflets dorés du crépuscule

regarde
dans les lumières de notre ville
les étoiles qui scintillent dans la nuit
se regardent

ah
chier
une
heure
durant
en faisant
descendre
son flux
d’actus
avec

il est à qui le petit pied ?
il est à qui le joujou ?
à qui les vingt ans d’école ?
elle est à qui la tuture ?
qui c’est la jolie madame ?
il est à qui le crédit ?
à quiqui la tontombe ?

soleil divin
étang paradisiaque
traversée en kayak pneumatique
l’âme bien gonflée
de vent

l’urine d’un
dieu coule
des cimes
pissa-t-il
dans l’eau
du fleuve
ensoleillée

nuit du slip
sous un drap de chaleur
j’enfile un souvenir de pyjama en neige
et disparais sous une quadruple couette de nuages

ta culotte de soi
ton soutien-gorge en oit’
la lingerie de ton âme

nuages violets
un ciel tout bleu
les monts verts
des galets blonds
ta peau d’orange
mes joues rouges
bel arc-en-ciel

papa
l’aime très fort toi
l’aime fort cam’ça
ai rien zeté moi
ai pas zeté le livre à toi
ai pas zeté à la fenêtre
l’aime très fort toi
veux garder toi pour
toute la zournée

jackpot d’automne
il pleut des pièces d’or dans les bois
des rubis poussent aux érables
les lutins font péter tous leurs billets verts

plus
rien à lire ?
écris ici
le poème de
tes rêves :
______
________
_______

tatie vole
tonton déraille
papy répare le vélo dans sa tête
mamie tricote la route des vacances en famille

arrreuh
sourire
souvenir
heureux

un payzzage
quatre saisons gourmand
avec prairies de roquette
océan de roquefort fondant
forêts truffées de gros cèpes
bataille de boules de mozza
c’est mon plat préféré
s’il-vous-plaît


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