Archives de Catégorie: poèmes universels pour microbes

3 grains de sable
sur cent milliards sont des planètes géantes réincarnées

anciennes
falaises tellement usées
par une extraordinairement lente

transhumance

des troupeaux
de cailloux roupillaient
dans une rivière

rêvaient de
plages à graille

Photo : Hubble, Judy Schmidt


en faîte…

en faîte
cet arbre
c’est pas vraiment un arbre comme les autres
c’est un arbre qui croît sous la terre
les taupes volantes
croisent ses longues branches
il arrive parfois même qu’un lombric
vienne
gracieusement
se poser
dessous
au fond cet arbre
c’est vraiment pas un arbre comme les autres
il a ses grandes racines entièrement enfoncées dans le ciel
qui s’abreuvent d’air
et puis personne ne voit l’oiseau aveugle
en ses galeries qui creuse sa route
dans la
lumière


de l’origine de l’or
des jours dorés


hier soir
deux anciennes étoiles
se sont embrassées avant de s’éteindre
elles envoyaient des comètes de platine
et des planètes dorées aux reflets chatoyants
dans toutes les directions de l’Univers connu
c’était il y a 130 millions d’années
et ce matin il pleuviote des diamants
par tous les télescopes
d’un drôle de petit appartement
tout à fait comme les autres
un gamin hurle une joie ubuesque
dans son nouveau pyjama jaune
une jeune maman s’éveille
en le chatouillant
avec le doudou de
sa « pépite »
sœur


Tête de bois ! Tony Palladino, 1968

6 graines de poème
à planter dans une tête bien molle


les arbres
tiennent le ciel
dans leurs feuilles

ils créent leurs corps
avec de la lumière

plantent leurs vies dans le sable

leurs troncs
agrafent
l’ombre
du vent
avec les rêves
des cailloux

en fait s’ils tiennent la Terre
entre leurs grandes racines et le ciel dans leur feuilles
c’est pour nous éviter qu’elle et lui se séparent

et aussi
que les gens
dans les nuages
quittent
le
sol



l’hêtre
humain

est une feuille
sans arbre

camouflée en un frêle
tronc d’os et de flotte

il respire mais
en sens inverse

ses branches sont pleines de mains
son écorce est à fleur de peau

au soleil il ne
devient pas vert

et il en tombe de nulle part
chaque automne des millions

sentez-vous
leurs rêves

qui nous bruissent
dans les cheveux ?



à quoi ça sert ?
poème pour ados décrocheurs de Lune



à quoi ça sert
d’étudier la grammaire
et les matières scientifiques
ou d’apprendre ses cours d’Histoire ?

à quoi ça sert
de faire des études longues
de se poser des questions compliquées
d’écrire des pages et des pages et des pages
sur des sujets qui n’intéressent personne ?

à quoi ça sert, aussi
de tout laisser tomber pour un boulot idiot
qui nous ennuie plus ou moins royalement
pour au moins les trois quarts du temps
et ne nous rendra vraiment heureux
que pendant trois semaines de vacances ?

et puis, d’ailleurs, à quoi ça sert
d’avoir rasé les forêts vierges
et recouvert la Terre de macadam
de routes de ponts et de parkings
d’immeubles de plus en plus hauts, de tours en béton
de panneaux indicateurs, d’enseignes publicitaires
qui nous maintiennent dans une atmosphère de croissance ?

tant qu’on y est, à quoi ça sert
les rivières, les fleuves, les lacs, les mers, les océans
les montagnes, les falaises, les vallées, les forêts, les prairies
les aigles, les pieuvres, les tigres, les hannetons
les boucs, les bœufs, les poules, les hommes
les chrysanthèmes, les orchidées, les pâquerettes, les hortensias
et les feuilles des arbres, les baobabs, les cocotiers
et les couchers de soleils, et les jours, et les nuits, les saisons
………………………………………..les années, et les siècles ?
c’est vrai, à quoi ça sert
la Terre, la Lune, le soleil, les planètes et les satellites
et le système solaire, qui tourne dans le vide
et les comètes, et les étoiles filantes, et les ceintures d’astéroïdes
et les étoiles, les blanches, les rouges, les naines et les géantes
et les supernovas, les nébuleuses et les trous noirs
et la voie lactée, les galaxies et la matière noire
et la totalité de l’univers, et même, le reste
et le type qui a fait tout ça, à quoi il sert, lui ?

sans blague, au fond, à quoi tu sers, toi ?
à quoi ça sert de demander à quoi ça sert ?

***

(un vieux poème exhumé pour un recueil en préparation…)


Femme fractale
Cassandra, grosse cagole…

un
tout
petit petit
bonhomme perché
sur un de « tes » électrons
comme si c’était une minuscule planète
prendrait sans aucun doute l’intérieur de ton corps
pour une espèce de tiède et fort jolie nuit étoilée
tu serais tout un univers pour lui une inconnue insoupçonnée…

et son
soleil
fleurirait comme
une corolle atomique
perdue parmi
le nombre informulable d’autres
systèmes moléculaires de l’une de ces cellules
dont tu ignores entièrement l’existence…

or
vraiment
ma chérie
te demanderais-tu
si la femme de cet homme
aurait une vie conforme
à tes préceptes les plus idiots ?

allons
allons
ma belle
oublie ton ciel
et laisse mes doigts
effleurer ta peau rose…

car
nul
ne te
jugera
annihilée…

(poème universel pour microbes)

image : « Kundalini », Eugenia Loli


..

Lanterne pour grandes personnes qui ont peur dans le noir

les humains
sont des trous
dans la Terre

ils ont l’air cons mais ils sont pleins de toutes petites étoiles filantes
qui leur sortent du nez de la bouche des oreilles ou du popotin

en fait ils vivent sur une immense veilleuse
et les astres qui virevoltent à leur plafond
dans les ténèbres sont l’inverse de leurs ombres


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ce dimanche soir
notre astronaute
a fait d’la luge
dans une crotte de neige
du pif de la montagne

toi t’avais une crève qui durait
depuis cinq bonnes semaines

au retour un
quart de lune dormait
sur la banquette arrière

le ciel était couvert de nuées mauves

c’est la ville qui
brillait en bas
d’étoiles blanches
éternuées au sol

..


brestbrestbrets

au pif

vide
ondes
points
lignes toiles
bulles tiges

branches
troncs singes

hommes forêts vierges
montagnes continents
planètes systèmes
immenses méandres de feu
gigantesques univers parallèles
et dire que tout ça n’est peut-être

qu’une incommensurable pétole
pendue à la narine d’une vieille bestiole
infinie pour qui seules deux questions
subsistent
éternellement :

« HUM…
VAIS-JE LAISSER TOUTE MA CRÉATION M’ATTERRIR SUR LE BOUT DE LA LANGUE ? »

« OU NE FERAI-JE PAS PLUTÔT MIEUX DE RENIFLER UN BON COUP POUR LA RENVOYER D’OÙ ELLE VIENT ? »

 

 

image du collectif Brest Brest Brest


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