Archives de Catégorie: Tranches d’âmes taillées dans un rêve

Jolie cylindrée

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tu t’es garée
au bord de l’eau
la lance
du pompiste
s’est plantée à l’arrière
et tu nages
comme un poisson
dans l’essence

source photo 


Le devoir de paresse

Le devoir de paressePostcardimage trouvée ici et un tout petit peu retouchée

je ramassais des baies  sur une carte postale en tenant par la main  une jolie indigène  et nous vivions  quasiment nus  au milieu des palmiers j’allais bientôt entrer son numéro  dans mon mobile et il s’est remis à sonner je me suis dit en voyant apparaître les  quatre murs de ma chambre que j’irais plus  jamais  bosser j’ai entraîné  pas mal de gens plus ou moins paresseux  via les réseaux sociaux  tout le système s’est effondré en quelques mois je me suis quelques fois ennuyé mais j’avais  réservé un aller  simple pour les Antilles et j’y ai retrouvé  la jolie indigène toute nue  dans les  fougères j’allais bientôt entrer son numéro  dans mon mobile et il  s’est remis à sonner (je mets toujours le mode rappel) mais comme cette fois  j’allais être en retard je me suis levé


Jeunesse perdue

Jeunesse perdueparc_guitaresource photo

ça joue des riffs à la Chuck Berry  sur des rythmiques manouches  par cercles dans un parc en chantant des refrains à la mode arrosés de houblon et ça se lève et part soudain vers d’autres cercles ou pour  grimper sur la statue d’Hercule sous le soleil couchant ça parle à des nanas  qui se laissent embrasser en riant ça sent bon l’herbe fraîche à vingt mètres à la ronde et c’est pour moi bien plus qu’un squat de jeunes  j’ai fait les mêmes conneries idiotes au même endroit, il y a dix ans dans cette espèce de demi-sphère de cristal invisible où je revois comme par magie le souvenir vivant de ma jeunesse perdue

Tranche d’âme taillée dans un rêve VII

Tranche d'âme taillée dan un rêve VII 1 Tranche d'âme taillée dans un rêve VII 2popupbookimage tirée de 600 pas­tilles noi­res, David Carter, Gallimard jeu­nesse, 2007 © Suzanne Nagy

j'entre dans un coffre de béton et je nage jusqu'à l'entrelacs impossible d'échafaudages escaliers passerelles pilotis que nous avons construit ensemble sur un grand océan et où nous sommes des millions à attendre  en file indienne vers le ciel bleu ensoleillé     une conférence qui s'annonce vraiment chiante je parle à mon supérieur comme si de rien n'était je salue un ami fier de la sueur de son front je parviens à me faire la malle en douce par une porte fermée *** j'ai planté une poésie dans le jardin de ma femme quand elle avait seize ans et je lui montre fièrement mon premier livre en bois   quand on tourne les pages d'alléchantes pâtisseries de plâtre apparaissent en relief avec de minuscules étoiles filantes comme dans les livres pour enfants

Bref, je me suis réveillé

Au début, je me suis réveillé dans un rêve Allongé sur la pierre, un pied pris dans le roc - Puis au cœur d’un désert, parmi les bêtes fauves, A marcher dans le sel, trop loin de pics trop secs… Ensuite, dans une caravane Pressés par nos hôtes de partir ; Et dans un hôtel cher, sans thunes - Sur la route bouclée, dehors Après, dans une chambre double Décorée pour enfants d’un grand nombre de putes (Puis de barreaux de fer, au sommet d’un immeuble) … A un moment, dans la réalité Avec une barre d’enfer, et pendant dix minutes Complètement paumé, sans savoir où j’étais

Tranche d’âme taillée dans un rêve V

J’avais appris à trancher les géants hideux des sous-sols Et je tenais, dans ma main, le creux des stations-essence Que je faisais chanter comme des sirènes Et ma propre grand-mère voulait saisir le pourquoi du comment Quand l’extérieur plongea dans une pénombre partielle Dehors un astre cachait le soleil Cinq, en fait, qui se distinguèrent En partant dans toutes les directions Comme les bras des danseuses indiennes Tandis que la Terre semblait se renverser Il se traçait d’invisibles lignes verticales Deux astres dont l’un était blanc Et moucheté de taches rouges Passèrent dessous avec la célérité grave Et lente des mouvements des planètes Nous, nous étions légers, légers comme des anges Et nous quittions le sol, calmement

Tranche d’âme taillée dans un rêve IV

Gravure de Marilyne Mangione

C’est une ancienne bâtisse presqu’en ruines sur une presqu’île Et un mystère inutile englouti sous les abysses D’un lac ne laissant apprécier que des reflets de peupliers et leurs cadences factices  Et leurs cadences caressaient le ciel et l’eau sans oiseau sans poisson Au fond de la vieille maison altérée par les essais réitérés d'un flux ancien Qui peu à peu avait fait sien Le sol sur lequel je paissais Et de ce sol passait la pierre Comme si la pierre était de l’eau qui émergeait de ce château d’eau en ruines comme du lierre en tressant un très grand Minotaure – Et donc, de perdre le Nord moi, je n’étais pas très fier Je n'en menais pas large imaginez les fluctuations médusantes les fluides dans les veines translucides palpitantes qui dessinaient Son corps humanoïde et sa tête de bovidé : Que pouvais -je baragouiner ? Et qu'avait-il à me dire ? à moi infâme minus dans le palais de Minos ? Il avait l'air de me maudire ce grand minotaure d'eau Or les méandres tordus de son corps je pouvais les lire !

Tranche d’âme taillée dans un rêve III

Je dois te retrouver Chez ton amie Bidule Peu sûr d'être au bon lieu Je suis dans un couloir Vraiment interminable Devant le 210 Et dans le trou de la serrure Je me trouve risible Je frappe et Bidule ouvre J'engage une conversation Bidon selon quoi son studio Ressemble très étrangement Au mien, quand j'étais étudiant Seulement, en plus rouge Voici Truque, qui entre, Une ancienne amourette Et puisqu'elle a ouvert La porte en sens inverse Comme si quelqu'un avait Déplacé les charnières Je dis : - Ah ! Tiens, c'est drôle !? - Oui, c'est drôle de te voir ici ! Me répond-elle d'un sourire rayonnant Je suis content qu'elle soit heureuse de me voir Alors qu'elle se réjouit surtout que je La voie, elle ce qu'elle est devenue Actrice professionnelle Ou je sais plus trop quoi Ni pourquoi, rapidement Elle se fout de ma gueule Et Bidule en rajoute Je n'avais pas vu une porte Donnant sur une sorte de garage D'où sort un cycliste en maillot à pois Qui traverse la pièce, hors-sujet Me voilà, moi aussi, me moquant de moi-même

Tranche d’âme taillée dans un rêve II

Avant d'aller au cinéma Avec une inconnue assez moche et qui se faisait attendre J'improvisais des mélodies En tapotant sur le clavier Bosselé d'une grosse pierre Creuse et parfois des harmonies Ouvraient des failles dans la coque Du coeur par où je te voyais Gigoter en tenue légère Comme nageant dans le roc Des regrets et remords scellés.

Tranche d’âme taillée dans un rêve

… Gravissant la montagne à vélo
En suivant de la belle inconnue
Le derrière ondulant et moulé,

J’étais parvenu au dessus
Des nuées. La pente se raidissait ;
Mon vieux trousseau de grosses clés
Reflétait un soleil de plomb :

Il fallait mettre pied à terre.
Repartir, mais seul,
Léger comme un éclair,
Sur le droit chemin sempiternel.

A l’arrivée, la foule était immense.
L’endroit, que je ne connais pas, m’était cher, il me semble.
Les amis arrosaient le départ d’une course,
Nous étions très heureux de trinquer tous ensemble
Au milieu d’un grand champ, sur des tables en tréteaux,
Et dans un long et plat château de briques rouges
N’ouvrant aux visiteurs que ses chiottes publiques,
Elle me donnait un baiser abracadabrant.

Au retour minuscule
Filant à toute allure
………de peur qu’un taureau ne me charge
Sous les trop hautes clôtures
……d’un chemin entre deux pâturages
Gondolants
Les troupeaux gigantesques
…………..s’écartaient sur mon passage.

***

Tableau : Kandinsky, La Place rouge.


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