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Une note de lecture de Patrick Joquel, poète, chroniqueur, éditeur, sur les Maximes de nulle part pour personne : merci à lui !

……« Voilà un livre dont j’aime la démarche pour l’avoir utilisée quelques fois : l’artiste devance l’auteur ! L’écrivain, le poète ici, écrit à partir des dessins d’Eric Demelis. De petites vignettes, des personnages, à l’encre noire. Perrin Langda les contemple, les écoute, leur donne mots. Voix. Des poèmes courts, des pavés de prose. Ça joue, ça rebondit, ça invente et sourit au lecteur l’air de dire « Tu vois, ça pétille comme champagne sur la langue mais ça tient debout aussi ».

……J’adore cet humour, ce décalage et ce côté un peu British. On pense à des affinités avec les Held, Claude et Jacqueline, avec le Touzeil. On ne se prend pas au sérieux mais ça bosse avec le sérieux sourire des enfants.

……C’est joyeux. Drôle parfois. Émouvant, aussi. Varié. Plein de surprises, l’imaginaire aux commandes ! Vivant ! On en redemande ! »


V’là quatre desseins légendaires faits avec Eric Demelis !


« érection pestilentielle »

c’est seulement le vrai nom
d’une grande voie d’escalade
que je suis fier d’avoir gravie
il y a plus de dix ans
sur les falaises de Presles
à côté de Pont-en-Royans
250 mètres d’ascension
ça nous a pris plus de huit heures
car j’avais pas du tout le niveau
mais heureusement
je vouais une confiance absolue
à mon compagnon de cordée
qui réussit tout de même
à se tromper verticalement de chemin
à me faire penduler d’un immense surplomb
pour récupérer du matériel qu’on avait oublié
ou encore à bricoler un relais de fortune
avec une pierre coincée au fond d’une grotte
car nous n’avions plus assez de corde
après avoir manqué le relais précédent
quant à moi il est vrai
que mon erreur fut de liquider
toutes nos réserves d’eau
dès la première demi-heure de grimpette
suite à un effort un peu trop violent
pendouiller comme un gros boulet inerte
huit heures sur une paroi
aussi verticale et accidentée
que ce poème
en plein été
en plein soleil
nos mains déshydratées
ne voulaient plus lâcher
les prises sur le rocher
mais ça valait bien le détour
de visiter des coins inaccessibles
aux formes calcaires incroyables
avec une belle vue sur les Alpes
et sur les têtes d’aiguilles des arbres
au moins pour la descente en rappel
parce que franchement
la voie est bien plus difficile
que ce que le topo annonce
et aux 3/4 du parcours
on arrive sur un pic collé au mur
tout recouvert de crottes de bouquetins
les gens qui donnent leurs noms aux voies
ont quand même un humour à chier



chez moi
la mer
c’est des
champs
qui
s’échappent
à perte de rues
et les rires
des pigeons
gris
les petites
bestioles
qui nagent
dessous
apparaissent
dans les remous
de la terre
retournée
par la quille
des tracteurs
au loin
le Vercors
gronde comme
une lame brisée
sur l’horizon
le marin
c’est cet homme
marié avec une nymphe
et papa d’un triton
qui revient de la ville
noyé dans les transports
tous les mois voir
sa mère
à la
campagne


(j’ai oublié mon appareil photo mais j’ai quand même pris des poèmes, le retour)




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l’hiver
on s’habille

quand

la nature au contraire
se met toute nue

elle montre à tous sa peau de terre toute jaune
tachetée de feuilles rousses

les cheveux gris de ses branchages

hirsutes
ses vieilles ravines
boueuses abandonnées

on dirait une grand-mère fébrile
qu’aurait voulu aimer une dernière fois

avant de finir

ensevelie
sous les neiges éternelles

sauf

qu’il lui reste toujours
quelques fleurs de primevères

prêtes à bourgeonner

comme de l’acné juvénile
sur la peau d’une gamine

malicieuse

***

(j’ai oublié mon appareil photo mais j’ai quand même pris des poèmes)

 


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tu sais
le ciel

ne commence pas précisément

à 776 km
au-dessus
du sol

tes deux
poumons
en sont pleins
et ta tête est
plantée dedans

pourquoi ne pas ouvrir
la main en attraper

un bout

et te le replier
discrètement
dans la poche

(avant de
retourner
ramper
au fond)

hein ?


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la Chartreuse n’a les chicots blancs
qu’une petite partie de l’hiver

sinon
y sont plutôt jaunes en automne
et même carrément verts à la belle saison

sur sa langue
vallonnée
un village
se tient au
frais comme
un bonbon
dans la neige

c’est clair
qu’on claque un peu
des crocs sous son palais

infiniment bleu
mais quand
on a la gueule dans les nuages
ça passe tout d’suite bien mieux

 


brestbrestbrets

au pif

vide
ondes
points
lignes toiles
bulles tiges

branches
troncs singes

hommes forêts vierges
montagnes continents
planètes systèmes
immenses méandres de feu
gigantesques univers parallèles
et dire que tout ça n’est peut-être

qu’une incommensurable pétole
pendue à la narine d’une vieille bestiole
infinie pour qui seules deux questions
subsistent
éternellement :

« HUM…
VAIS-JE LAISSER TOUTE MA CRÉATION M’ATTERRIR SUR LE BOUT DE LA LANGUE ? »

« OU NE FERAI-JE PAS PLUTÔT MIEUX DE RENIFLER UN BON COUP POUR LA RENVOYER D’OÙ ELLE VIENT ? »

 

 

image du collectif Brest Brest Brest


Les Beaux jours de la petite édition

Samedi 2 avril à 14h30 (et non dimanche comme c’est indiqué sur le programme, modification de dernière minute) à Cadenet, je lirai des extraits de Quelques microsecondes sur Terre au salon des Beaux jours de la petite édition organisé par la Boucherie littéraire. Viendez !

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Derrière

Un nouveau livre d’artistes réalisé avec Eric Demelis. C’est le premier exemplaire d’une série de quatre. Chaque petit livret de 12 x 16 cm contient un poème inédit et deux illustrations à l’encre de Chine.

 

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