Archives de Tag: aliénation

Robot

Il était un robot Capable de parler Chinois, français, anglais Espagnol et igbo, De composer en toute langue D'extraordinaires harangues Sans jamais prendre un air barbeau : Il connaissait les temps verbaux, Toutes les règles de syntaxe, Et de son naturel prolixe, Analysait, dans son labo, Toutes nos interrogations En faisant des permutations, Puis émettait des placebos... Il avait un secret pied-bot : Intelligent en apparence, Il n'accédait jamais au sens Des octets connectés aux mots Qu'il employait, assez relax. Ce n'était donc qu'un philodoxe Qui se dépatouillait, un quiproquo. Or, un beau jour, notre robot S'éprit d'amour pour une humaine Pendant au moins une semaine : Il s'agissait d'une bimbo Avec, à la place du cœur, Un charmant microprocesseur. Et le robot Eut beau parler Chinois, français, anglais Espagnol et igbo D'amour et d'eau fraîche De petit Jésus dans la crèche Et mettre le turbo ##### Quitte à en faire beaucoup trop Pour décrocher la lune, Prétendant préférer les brunes – Ou bien vantant les bonobos *De son amour la cristallisation * #### Et la récente stabilisation De son nouveau boulot Lui dire cent fois « je t'aime » En morse, binaire, hexadécimal Et dans tous les langages Singeant un vain marivaudage Ou bien paraphrasant Stendhal Faire des spéculations (il n'était plus lui-même !) ##### Sur ses fiches de salaires Ou sur l'évolution Du prix de la baby-sitter Et à cours d'enthymèmes lui composer des odes Qui plussent à Shéhérazade Ce n'était qu'un robot ! Il eut souvent des bugs ####, Et fit de nombreux tags, Avec un gros bobo Au fond du processeur : Il n'y avait rien à faire, Elle n'avait pas de cœur, Et zut ! Il n'était pas très beau. Et donc, notre pauvre robot, Qui n'accéda jamais au sens, Connut au moins l'amour et la souffrance, Le chinois et l'igbo, En plus de l’hexadécimal, Ce qui n'est quand-même pas mal, Remarquons-le, pour un robot.

La Métamorphose

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Tableau de Chagall, I and the village, 1911

 Si j'ai l'orgueil d'affirmer qu'aujourd'HUI !, Dans les plus somnolants de ses reCOIN !, Mon coeur a vu germer – n'offrant qu'un COIN ! A la belle â me sous son paraplHUI ! – Un être humain, accompli, et qui rHIIIII ! – Sachant qu'hier encore, sous le giBÊÊÊ ! Du sommeil de l'esprit, je succomBÊÊÊ ! Aux mauvais sorts de la simple idiotHIIIII ! –, C'est qu'à présent je suis un autre homMEEEEEUH !, Considérant les as tres scintHI-HAN ! Tout en interprétant ChateaubrHI-HAN ! Loin de la bête est l'homme qui aiMEEEEEUH ! Sans montrer aux pignoufs l'avide sOUAF ! De passion qui trépi gne sous sa cOUAF !.

Au carrefour

 
Au carrefour 
de la rue de l’asile 
et de celle de la gare 

immobile et triste 
sous les pieuses sirènes 
des automobilistes 

son cartable en toile brune 
comme une feuille d’automne 
sur le sexe de l’Homme 

un individu 
               nu 
                 perdu 
                      au visage de Jésus 

Vu dans une petite ville de province
le 25 avril 2010


Le Coeur en verlan

J'avais la vellecère qui zéfait des gueuvas Dutronc Mon cœur, tu es de ces bergères Qui me donnent envie de gerber ! Et pour autant je te vénère : Je ne veux plus jamais t'énerver ! Ce matin, j’ai la tête à l’envers… Mes idées-mêmes sont en verlan… En vérité, tout emmuré dans mon bunker, J’ai pourtant le cœur bon ! Je n’y peux rien, au plus profond de mes viscères, Sur la baie de vieux rê ves asservis, Je garde ce cheval de Troie, offert Aux valses de nos rois, aux forêts… Enamourés d’aliénation, Que reste-t-il de nos nations alliées ? Des liens que nous tissions Dans les massifs floraux de la cité ? Sur le roide trottoir de béton, Nous les avons laissé tomber. Nous avons fui, lovés sur nos vélos, Laissant les vaux, sur nos vélos volés.

Phoenix

Quand j’ai vu le jour
le premier jour où j’ai dit « j’aime »
quand j’ai su jouer de la guitare
le premier jour où avec une femme
j’ai fait l’amour le jour où j’ai pris ma première biture
celui où j’ai écrit mon premier poème
le jour où j’ai fumé mon premier pétard
celui où j’ai su que tu étais mon âme –
sœur à chaque note que j’ai jouée pour
toi pour autant de baisers que je te donne
à chaque vers que j’ai écrit pour
toi pour autant de baisers que je te prenne
et chaque fois qu’on a connu de l’ivresse l’ardeur
je renais de mes cendres

Novembre 2010


Homme moderne

Homme moderne je vis dans le béton cloîtré
La seule fenêtre ouverte sur le monde extérieur
Seule aurore au-delà des volets calfeutrés
De mon appartement c’est mon ordinateur

Si je sors me balader, c’est
Baladeur MP3 à fond dans les oreilles
Je n’entends ni les oiseaux qui gazouillent
Ni le chant de l’homme à la bouteille
Ni la clameur des guérillas
C’est simple : ils n’existent pas

Et si je prends le métro, c’est
Avec mini rétroprojecteur DVD
Sans voir le vieillard bientôt décédé
Ou le bambin qui lui succèdera
C’est simple : ils n’existent pas

J’ai jamais vu mes mille amis
Ma femme est une chimère
De stars de cinéma
De spots publicitaires
Et ma famille
Un souvenir

Me voilà, seul
Face au géant
de Grandgougueule
Annihilant

Illustration : Milo Manara


Au revoir la Terre

Séjour intersidéral Sous injection intraveineuse d'alcool de fêtes et de matchs de foot S'écoulant dans le siège spatial profond comme un tombeau cosmique Bras prolongés par clavier ou souris sur les deux accoudoirs Soudain paupières se lèvent pupilles se contractent regard s’éclaire 

Et aussitôt que la bille de fer rejoint l’aimant
Mû par l’attraction du gigantesque écran géant connecté à l’ordi par un tentaculaire imbroglio de câblages gras et poussiéreux
Le gros orteil à l’extrémité gauche de la masse végétative se soulève va directement percuter avec une incroyable précision le bouton de mise en tension que faire pendant le lancement des fenêtres ô attendre

Deux êtres si distincts quelle belle histoire d’amour

Manipulant avec adresse le docile appareil électronique l’homme
Manipulant avec adresse le docile appareil électronique l’homme
(Pût-il être vraiment
Dans un vaisseau spatial)
Manipulant avec adresse

Le docile appareil électronique l’homme navigue parmi les milliers de films stockés dans les terra-octets de la mémoire de son PC difficile est le choix qui pèse sur son destin centaines de matchs de foot kung-fu boxe thaï américaine courses de voitures parées de jolies filles arnaques hold-up péplums modernes vieux westerns invasions barbares horreur nazie guerre du Vietnam guerre d’Algérie guerre d’Irak d’Afghanistan et bientôt nouveau guerres d’Afrique intrigues médiévales attaques extraterrestres conflits interstellaires catastrophes naturelles mutants extraordinaires apocalypses passées et à venir anticipations post-apocalyptiques envahies de zombies nouveaux mondes virtuels aux ressources potentiellement exploitables programmes informatiques aux allures de traders aux réalités trompeuses extinctions animales déforestation pollution documentaires historiques scientifiques gangs mafieux gangs de rue West Coast East Coast yakuzas suspens à gogo tous les jours échapper au tueur investigations à tire Larry go il faut trouver le coupable coups de feu sans motif étranges rubicubes labyrinthes de violence gratuite effaçant l’attente du voyage quotidien elfes lutins nains dragons fées chevaliers manifestant pour l’abandon de soi apprentis magiciens binoclards qui préfigurent une scolarité studieuse descentes aux enfers de drogués à ne pas imiter étudiants déjantés qui à la fin forniquent sont massacrés ou même s’entretuent sans l’aide de personne anti-héros maladroits aux avalanches de gags enchaînements de parodies de tous ces films excellents subtiles critiques de nos vies totalement acceptées documentaires anticapitalistes tragédies émouvantes sur fond de musique flamenco histoires d’amour qui finissent bien qui finissent mal dont les protagonistes forniquent sont massacrés ou même s’entretuent sans l’aide de personne îles désertes peuplées de cannibales ou de fous ou désertes ou repeuplées d’enfants inéquitablement armés enfants qui voient des morts qui sont morts mégalopoles immenses sans ciel et sans sol remplies de vitesse mondes souterrains derniers bastions de la vie à défendre mettez-vous dans la peau de l’acteur hypothétiques trésors mayas retrouvés au fin fond de la jungle en dépit de l’opposition d’une invicible momie et de la présence d’un savant malhabile voyages intemporels cohérents temporels incohérents aventures oniriques de tailleurs de glace de vieillards mythomanes d’un personnage désireux d’oublier son passé automobiles odyssées traversées de contrées immenses et beatniks légèrement dépassés histoires sans fins jours répétés à l’infini étranges rubicubes labyrinthes d’amours et de violences gratuites effaçant l’attente du voyage quotidien

 Voici homme l’âme les mondes détruits et à venir Et l'homme en suspension dans le vide des étoiles dans l’univers des possibles dans la mousse des coussins Astronaute lyrique sous perfusion d'alcool de fêtes et de matchs de foot Espère un jour revoir le clair de Terre (Pût-il être vraiment Dans un vaisseau spatial) Et choisit 

juillet 2010


La femme aux yeux bleu électrique


 Femme aux yeux bleu électrique Et aux cheveux électrochoc De religion agnostique Ayant au moins bac + 5 Et gagnant seule son bifteck - Sans dédaigner les enfants qu'elle éduque  - En travaillant dans la fonction publique Aimant les pastèques et le basilic La métaphysique des grecs Et les bivouacs au Maroc Femme aux yeux bleu électrique Et aux cheveux électrochoc Peut-être quelque peu pète-sec Avec de grands airs d'archiduc Mais adorant le classique Tout aussi bien que le hard rock Et le silence des bibliothèques D'ailleurs aussi intéressée par les aztèques Et la pensée des chinetoques Que de fouiner dans de vieux livres alchimiques Femme aux yeux bleu électrique Et aux cheveux électrochoc Dotée d'un physique hi-tech A faire frémir un eunuque Sensible bombe cybernétique Source de crises cardiaques Avec au cœur le battement des discothèques Ayant la peau d'une fleur de zinc Et les courbes aérodynamiques D'une princesse de fessebook Femme aux yeux bleu électrique Et aux cheveux électrochoc... ........................................................................................................................................ Après avoir entré en quelques clics,  Sur le site paradisiaque D'une entreprise de bric et de broc Établie en République Tchèque, Dans les menus ces caractéristiques, Elle est venue du ciel dans un avion slovaque. Elle ne dédaigne pas les tâches domestiques, Mais sous haute-tension sont nos prises de bec. 

***

Illustrations : photos d’Eva Herzigova, avec ou sans fard


L’Amoureux des numéros

1 Jour, sous le scanner des numéros, je fus ravi : Mon sang menait la vie sous le nombre 0 Par chance mon Q.I ne dépassait pas 2 La pointure de ma mère avoisinait les 4 Ma moyenne à l’école était presque de 6 Et mon salaire horaire en euros était 8. Sur le tapis roulant de la vie tu es venue : Tu lisais du Flaubert et c’était la page 1 Je m’en souviens très bien car nous étions le 3 Octobre, tes moutons étaient au nombre de 5 Et nous vécûmes des fruits de la ferme. A 7 Reprises, nous avons presque volé : mais 7 Fois de suite nous avons sonné sous le portique.

Février 2011


Miroir

2005


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