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On ira tous au paradis

« Tu mangeras les dépouilles de tes ennemis que Yahvé ton Dieu t’aura livrés » (La Bible de Jérusalem, Deutéronome – 20, 14 : bon appétit)

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offrez des plats surgelés aux bornes kilométriques
agrafez-vous des plumes de perroquet aux lèvres
ne mangez que du tamanoir tué par prise de soumission
priez comme une autruche tête enfouie dans le sable
et surtout cachez bien vos oreilles
sous un bonnet orné de cloches de vaches
c’est ce que l’authentique voix de Dieu a dit
hier soir à 23h51
devant la télé de l’asile
au beau-fils de ma voisine
qui sortira
dès demain enfin
normalement

(Rediffusion spéciale Pâques, poème de 2014)


On ira tous au paradis

« Tu mangeras les dépouilles de tes ennemis que Yahvé ton Dieu t’aura livrés » (La Bible de Jérusalem, Deutéronome – 20, 14 : bon appétit)

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offrez des plats surgelés aux bornes kilométriques
agrafez-vous des plumes de perroquet aux lèvres
ne mangez que du tamanoir tué par prise de soumission
priez comme une autruche tête enfouie dans le sable
et surtout cachez bien vos oreilles
sous un bonnet orné de cloches de vaches
c’est ce que l’authentique voix de Dieu a dit
hier soir à 23h51
devant la télé de l’asile
au beau-fils de ma voisine
qui sortira
dès demain enfin
normalement


Manuel portatif du guerrier fanatique d’Occident

article-2255918-05B021470000044D-585_634x383un café dans les veines
dire adieu à la femme de sa vie
sauter dans un métro
corps et esprit voués à quelque boîte
et chaque jour que Dieu fait
se tuer
au travail afin d’être
explosé tous les soirs dans les cieux
avec les bombes des pubs


Lanterne

LanterneLa Tour prenant sa vessie pour une lanterne zeimert

La Tour prenant sa vessie pour une lanterne, 1976, Christian Zeimert.

où est donc ce pays légendaire où dieu punit les femmes qui jouent du rock’n’roll les hommes qui se font des bisous sur la bouche et tous ceux qui s’éloignent de son troupeau de bœufs ? où est donc ce pays légendaire ? je ne l’ai jamais vu je ne vois que la poutre énorme dans l’œil d’un tas de pauvres aveugles perdus qui prennent des messies pour des lanternes et emmerdent les gens heureux depuis la nuit des temps

On ira tous au Paradis

offrez des plats surgelés aux bornes kilométriques agrafez-vous des plumes de perroquet aux lèvres ne mangez que du tamanoir tué par prise de soumission priez comme une autruche, la tête dans le sable et surtout cachez bien vos oreilles sous un bonnet orné de cloches de vaches c'est ce que l'authentique voix de Dieu a dit hier soir à 23h51 au beau-fils de ma voisine qui zappait sur la télévision de l'asile et si nombre de gens sur Terre semblent penser que ses idées absurdes ne le mèneront pas au Paradis bouffer du pain rassis et s'asperger de flotte ou planquer ses cheveux sous un bout de tissu se faire tailler la peau du bout du gland remuer bêtement un moulin à prières ou bien fourguer du riz à des statues difformes n'est pas plus sensé pour lui

***
photo : carnaval de Madrid


Grammaire de notre monde

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image trouvée ici.

à cette époque le monde n'était qu' « Oh ! aïe ! ouf ! pfiou ! » magma informe dans l'esprit de dieu sait quels primates où bouillonnaient quelques interjections Puis au commencement était le verbe torrent insaisissable et tonitruant de lumière s'écoulant lentement depuis le ciel vers les déserts boueux de l'imagination Lorsque naquit de cette union le grand jardin des noms et sur les noms d'étendues vierges et de lacs blancs comme des pages blanches se découpèrent des substances d'étoiles et de nuages des nuages d'océans, de torrents, de rivières des rivières de plantes de fleurs d'arbres et de forêts et des forêts de faunes, de poissons, de lézards, des dinosaures de tigres et d'oiseaux fourmillant de serpents et de petits lapins Infiniment renouvelés par les fruits d'une angélique armada de pronoms et d'articles Or, toi et moi, à ce moment, nous étions là, au beau milieu de ce grand étalage de goûts et de couleurs Nous inventions des adjectifs, il y en avait des bleus, des roses, des forts, des faibles, des doux et des rugueux, des bons et des mauvais Et nous n'avions que l'embarras du choix : il a fallu tisser classer étiqueter tous ces produits imaginaires au fil des conjonctions et des prépositions Quand nous avons enfin créé la phrase après des millénaires de générations inconscientes nous avons balbutié quelques propositions sur la valeur des mots et la grammaire de notre monde Alors, après quelques fautes d'accord sur le choix de la marque d'un frigo conjugal que nous avons nous-mêmes réfrigéré et emballé avec le reste à l'intérieur de nos petits paquets de mots Nous nous entendons à présent : « – Je t'aime.  – Oh ! aïe ! ouf ! pfiou ! »

L’homme-flaque

... ... ... 

je t'attends, je regarde des flaques spatiotemporelles éventrer le béton disperser des passants des bouts de ciel au sol et de nuages qui passent noyés dans le bitume il y a des arbres des cimes d'immeubles et des bouts de ville les feuilles qui renaissent et qui s'écoulent aux caniveaux c'est pas grand chose, le monde dans une flaque, au printemps on peut rêver tout ce qu'on veut des murailles de châteaux qui flottent des jambes floues de princesses à l'envers des oisillons qui font chanter les klaxons des moteurs de voiture qui font vibrer la ville on peut rêver tout ce qu'on veut dans la limite des contraintes matérielles tout le monde se fout, après la pluie, des flaques sur le bitume et quand tu es venue nous avons d'ailleurs dû les fouler au pied donc voilà, c'est sans doute pour ça que je me suis encore retrouvé tout d'un coup dans l'envers du décor – de l'autre côté de la flaque, au beau milieu des ondes, dans un lieu sans couleur, sans pouvoir rien faire d'autre que regarder au sol l'autre moi se barrer avec toi et mon sourire de gros crétin – avec le mal de tête d'un gros coup dans l'asphalte (je reste souvent, comme ça, coincé dans la réalité des choses) le monde est un patchwork de flaques splashées dans le béton de la réalité tronçonnant un reflet de Dieu qui n'a aucune réalité, au sens commun

Eponge et flaques

La vie est COMME un songe Les rêves ne viennent pas de rien Et nous, pareils à une éponge ? C'est un peu le pari pascalien Perdu – ou sans s'attarder sur dieu (Qui n'en a vraiment rien à foutre) : On ne peut rêver mieux – Comment ? ça ne fait aucun doute Il y a un truc réel Voyez s'ouvrir les portes de corne Des gens souffrir, des gens qui s'aiment Reflets de flaques dans des ornes ?

Je ne crois pas en Dieu : c’est un blasphème

Je ne crois pas en Dieu : c'est un blasphème de penser que ce truc soit assez con pour nous avoir créés pour qu'on nous blâme ou qu'on nous récompense comme dans un jeu ; il m'a fait libre, en vie, et c'est déjà mon châtiment ou ma rétribution. Je n'ai aucune foi en la nature : par chez moi les montagnes ont la beauté de fleurs qui vous invitent à reproduire toujours la même erreur ; ça pour crever et pourrir, au dessous de froids gravats qui dissimulent son hostilité ! En l'homme je n'ai pas non plus confiance : nous avons envahi la Terre (je n'ai envers les inconnus aucune méfiance, mais il est clair que les « malheurs d'autrui » ne gênent que s'ils produisent trop de bruit), et nous n'allons cesser de nous gêner... Bien sûr, je n'ai aucune confiance en moi : étant d'une maladresse extrême, et lâche, tout ce que je fais tourne autour de moi, vise à hausser l'image de moi-même qui est d'ailleurs sans doute un vrai problème ; mon cœur, peut-être froid comme une roche ? Je m'en remets donc à toi, mon amour, et ce n'est pas une autre niaiserie : puisque ce sentiment sincère et pur n'était peut-être pas qu'un simple jeu, il n'est pas impossible, après tout, que je croie en ces énormes conneries.

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