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Fais passer l’poème : Emanuel Campo

Aujourd’hui, un poème d’Emanuel Campo tiré de Maison, poésies domestiques, paru en 2015 aux éditions la Boucherie littéraire.

-SnZ6E14aeIfw4WB5RCW5_3I7Ds12 juin 2015, une poubelle moins le quart

Ma copine et moi
utilisons la poubelle à couches
comme unité de mesure temporelle
ça équivaut à un jour et demi sur Terre.

On a choisi un récipient de vingt litres
histoire d’avoir un turnover de sacs assez important
pour limiter les odeurs de marinade fécale.

C’est notre truc à nous
notre sablier
on compte les jours comme ça.

Bon
on pensait vieillir moins vite en allongeant l’unité de mesure
mais puisque le temps
est aussi une question d’espace
et que récemment on a déménagé dans un appart’
plus grand
on est aujourd’hui ajusté à notre ancienne
temporalité
ça ne change pas grand-chose
on vieillit à une allure égale à vous autres.

N’empêche que la poubelle à couches
reste un indicateur fiable et facile à lire.
Quand le sac est plein
on le sort on le noue on l’amène
au sous-sol puis le jette
dans le grand bac gris de l’obscurité du local
à ordures.

Un local squatté l’hiver
par un S.D.F. bienveillant et discret
qui connaît le temps
veille sur nos archives
et tient les comptes.

Emanuel Campo

Son blog


Parution : Perrin Langda & Compagnie

...Et voici un recueil collectif préparé par les éditions Mgv2>publishing et moi-même, avec les textes de mes amis Brice Haziza, Christophe Bregaint, Stéphane Poirier, Mike Kasprzak, Heptanes Fraxion, Thierry Roquet, Morgan Riet, Emanuel Campo et les miens, illustrés d’une couverture d’Eric Demelis.
5€ + 4€ de port
64 pages au format 14,8 x 21 cm
ISBN : 978-1-326-43226-3
Vous pouvez le commander directement sur Lulu.com ou sur Amazon s’il en reste (les frais de ports y sont moins chers).
Et je vous en propose un extrait signé Brice Haziza :

Une nuit d’orage et de sang

PL&CO

 

j’ai envie d’baiser
y m’dit
et dans ses yeux je vois
des enfants joyeux qui dansent la sarabande
sur une planète délabrée, poisseuse
et loin de son orbite

il sort de garde à vue après une nuit au gnouf
pour de la castagne et
sa meuf l’a largué à l’heure du café
bizarrement,
une certaine énergie se dégage de lui
comme s’il n’était pas tout à fait mort
et moi non plus

le temps est splendide
la terre est belle
il n’y a aucun avenir
sauf
le cul
les jambes
le tout enrobé dans une petite robe noire en dentelle
de ma copine
qu’il trouve so sexy today

à bientôt mon pote
le temps est splendide
la terre est belle
et
il n’y a aucun avenir.

Brice Haziza


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