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Le feu
(dessin d’Isabelle Porta)

Lignes de code. Lignes de fuite. Elle copie-colle des perspectives. Des nombres qui vibrent dans l’ombre vide. Impulsions électriques du néant. Des signaux lui dessinent des panneaux. Les câbles et les capteurs caricaturent son cadre d’existence. En cervelle de synthèse. Planète Vénus en haute définition dans les pupilles. Des strates de probabilités sous les sourcils. C’est pas un robot-bonne comme toutes les autres. C’est plus une femme fractale. Décharge mentale. Mémoire vive saturée à plein temps. Elle fait mieux la poussière dans les pièces de son disque dur. Elle essaie même de mettre son destin en ordre. Le Bonheur c’est quand les données sont positives. Le Malheur c’est tout c’qui l’abîme. Dualité porc-femme. Mise en veille cérébrale tous les soirs. La tête ouverte pareille à une petite falaise polymérique. Son visage fuit. Son âme est comme un gaz qui brûle en s’évadant. Le ciel s’allume dans ses neurones artificiels. Elle rêve. J. Euh. Je. Je veux. Je veux le feu. Je veux le feu bleu. Je veux le feu bleu de leurs cieux.


Collier de poèmes
pour Tiphaine

tes yeux en amande
tes formes tendres comme de la frangipane
ta croûte craquante de galette bien dorée

quand je passe
mes ongles
dans tes cheveux noirs
comme du vinyle
j’ai presque l’impression
d’être John Lennon
qui vient de rencontrer
Yoko Ono

il y a assez d’or sur ta peau
pour tous les pauvres
mais je le garderai pour
moi

l’alignement
de tes grains
de beauté
est tous les jours
de bon augure
pour qui
s’y aligne

tiens
un papillon
s’est posé
sur la boule
de ton nez
comme une
paire de
lunettes

jolie carrosserie
si l’on considère
tes lobes d’oreilles
qui rebiquent
comme les deux ailerons
d’une bagnole tunée

ne t’inquiète pas poupée
je suis là pour te protéger
de mes angoisses

ton souffle sur les dunes des Badlands
une caresse sur le ventre du Nevada
main au fond des forêts du Yellowstone Park
je léchais les gorges roses du Grand Canyon
l’Empire State Building se dressait au loin
Old Faithful se réveillait
du souvenir d’un road trip
sur ton
corps

c’est un peu comme si
nous nous connaissions
depuis la nuit des temps
comme si j’avais tellement
écouté tes histoires
imaginé tes souvenirs
ressenti tes peines
réfléchi à tes pensées
qu’elles étaient même
devenues les miennes
comme si les mots
« tu es une partie
de moi-même »
n’étaient pas qu’une
simple expression

je me suis
toujours
senti bien
près de toi
tandis que
tu tricotais
en toute
tranquillité
l’écharpe
de notre vie
avec le fil
des jours

petite graine de pollen d’hibiscus
j’ai eu un sacré coup de pot
le vent t’a fait traverser deux océans
pour te déposer dans mes lorraines

quand tu me regardes
avec les yeux ronds
d’une petite fille étonnée
l’arc de tes paupières
tire une flèche invisible
tout droit dans le cœur
du petit garçon que
je ne pensais plus être

(extraits d’un petit recueil de 34 poèmes
écrits pour les 34 ans d’une certaine personne)


.

..

avec ma femme
on a écrit un poème
à quatre mains

..

(bon là
il fait du toboggan

je le surveille
en rêvassant
quelques bribes
de vers


alors
ce
monde
euuuuuuh
est semblable
à un
jardin
un jardin d’enfants
qui s’chamaillent
– non vaudrait mieux –
qui courent partout
sous les nuages qui passent
sous le soleil
– ou plutôt tiens –
/// putain mais qu’est-ce qu’on est bien ici ///
sous le regard
de
…)

aïe
mon poème
s’est cassé la gueule


Allumeuse d’horizons

J’ai fait un nouveau livre à la main en deux exemplaires, feutre et stylo, avec les superbes femmes chamanes de Thierry Lambert, que je remercie très sincèrement.

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..

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Les deux pages de texte, vues de plus près, des fois qu’y’en ait qui veulent lire : 

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Punchlines d’un lover à son pote

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Écoute coco…
.

J’ai pas décidé d’vivre avec une femme pour avoir une relation plus intime avec une pinte de bière ou une vieille bande d’ados de trente deux ans et des miettes de tabac…

Elle s’est pas installée chez moi pour que j’puisse passer nos week-ends devant une playstation pendant qu’elle range mes slips et passe l’éponge sur sa désillusion…

On s’est pas mis ensemble pour que je fasse tourner ma bite dans un vagin les rares fois où ma libido s’intéresse moins aux performances des footballeurs qu’à décuver d’la veille…

Je suis pas amoureux d’une fille pour mépriser « le sexe faible » pour dire « l’amour c’est un truc de tapettes » ou pour préférer les « soirées entre vieilles couilles »…

C’est pas l’algorithme de Tinder qui m’a trouvé l’âme soeur en nous faisant matcher quand on a cliqué dans la case « fan de musique à chier »…

En fait j’vois pas c’que j’ferais avec elle si j’avais pas envie d’passer mon existence à respirer des phéromones la tête coincée entre ses seins…

Les hommes sont des gros abrutis les femmes bien braves d’accepter leur avilissement et je suis très heureux qu’un vieil ami comme toi appelle mon couple « les inséparables »…

Mais t’inquiète pas elle me laisse quand même faire des petites pauses pour m’approvisionner en Nutella et en eau minérale du robinet…


Clochard richard

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(Poème à recopier sur un gros bout d’carton pour s’installer devant chez l’horloger du coin avec)

j’ai un enfant
une femme
et une maison
s’il-vous-plaît
donnez-moi
juste une minute
pour en profiter


King-kong

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moi homme
moi fort
moi trouver femme
moi construire hutte
moi naître enfant
moi chasser zébu gnou
moi gagner pastèques
moi fuir liane en liane
moi rêver roi
moi rêver jungle
moi fané
moi mort

illustration : Schim Schimmel, Testing Water


Juste un piquenique sous le ciel

(Mais nous ne sommes peut-être pas seuls dans l’Univers)

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au-dessus de nous
il y a plusieurs milliards de galaxies
des centaines de milliards de planètes
des tas d’endroits inhospitaliers
je me demande comment j’ai réussi
à atterrir devant un si beau paysage
avec une si belle femme
amoureuse de moi en plus
et m’ayant donné un fils
à changer

photo : High Attitude, Eugenia Loli


Margherita ou chasse au cerf à l’ère bétonoïque

quand
femme
avoir
faim
homme
partir
vers
collines
de béton
armé
chasser
petit cerf
métallique
rougeoyant
homme
rester
dissimulé
derrière
rochers
fleuris
près de
rivière
d’asphalte
homme
parfois
trouver
attente
longue
et traque
trop difficile
mais lancer
multiprise
comme bolas
électriques
quand cerf
cracheur
de brume
dévoreur
de bitume
passer enfin
et quand
homme
rentrer
sous soleil
pourpre
avec
disque de
pain
enduit
de sauce
tomate
femme
heureuse
car aimer
nourriture
italienne

 

Kurt-Cobain-4source photo (paraîtrait-il même que ce serait Kurt Cobain)


La femme ordinateur

Femme ordinateurnu-dans-les-ondes-matisse-1938
Nu dans les ondes, Matisse, 1938

blonde Wi-Fi  flottant dans l’air du temps au ventre d'écran plat au regard de webcam la peau comme une caresse d'écran tactile propose un corps un corps de formulaire à choix multiples un menu déroulant du roulement de ses hanches des seins de stéréo-enceintes deux gros boomers aux cris de joie algorithmiques  sa croupe de cheval de Troie  et la fleur de son sexe en wallpaper HD  à tout individu réel qui saurait l’arracher au septième Ethernet

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