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Fais passer l’poème : Morgan Riet

J’ai lu Sous la cognée (éd° Voix Tissées) à l’envers, comme pour retourner en enfance. Les tours de phrases de Morgan Riet sont de vraies madeleines de Proust… Un extrait où je me suis bien reconnu :

Talonnade, feinte, roulette,
aile de pigeon, amorti
de la poitrine, petit pont,
tête plongeante…

Toutes ces choses
n’étaient pas vraiment dans tes cordes.
Toi, tu jouais gauche à l’arrière,
balisant, quand le ballon déboulait
dans tes guibolles,
te cramponnant souvent
à la seule tactique
que tu maîtrisais
en de pareilles circonstances,
celle imparable
……………………………….du boulet loin devant !

Aussi, tu n’as pas oublié
les leçons de dribble essuyées
et les débordements dangereux
de quelque attaquant sur ton aile
qui s’achevaient parfois,
galop fourbu,
par un bon tacle bourrin
de toi

qui jouait gauche à l’arrière
mais jamais, malgré tout,
en position  ………..de hors-joie.

Morgan Riet


Ce soir-là Pierra et moi nous étions seuls


Ce soir-là Pierra et moi nous étions seuls au sommet de la to u r M ont p a r nasse j’étais bourré il pleuvait fort elle me dit dis mon Dégueulion pourquoi tu dors entre nos corps repose l’unique espoir de l’avenir qui nous menace je lui réponds mais qu’est-ce que tu racontes encore car aujourd’hui le monde est à l’envers ne vois-tu pas qu’il est l’heure de mon match de foot alors je te le dis non sans un brin de honte tu es de ces bergères qui me donnent envie de gerber elle alla appeller sa grand-mère il y eut comme un caillou qui brisa la fenêtre et l’on put voir de pauvres hères apparaître Allez savoir les femmes et comme je n’étais plus seul au sommet de la to u r M ont P a r nasse dans ma largesse immense le déluge d’alcool portait les supporters de ce match de fêlés qui franchissaient le garde-fou de l’arche les cadavres suicidés qui éclataient sur le sol enjambaient le parapet de ma spacieuse terrasse n’importe dans quel sens il pleuvait de la bière de la bière je rendais il pleuvait des cadavres des cadavres je rendais il pleuvait de la foule de la foule je rendais il pleuvait des femmes des femmes je rendais il pleuvait du sang du sang je rendais il pleuvait des cailloux des cailloux je rendais Evidemment que le soleil revint tandis que tout le monde tout le monde était au sommet de la to u r naze  M ont p a r indubitablement galope à nouveau à la fin l’étalon dans les prairies de jadis tandis que les dernières fleurs se laissent hélitreuiller bien sûr que rien ne sera ni mort ni rené qui à présent viendra quand il voudra voir la télé et oui c’est vrai Pierra était partie mais la partie n'avait cessé de faire battre mon cœur et les nouveaux acteurs les piliers des nuées alcool football sang femmes foule cailloux et téléphones à l’horizon élaboraient leurs oraisons si au matin je m’éveille la tête à l’envers c’est le ciel bleu non les gravats que je verrai et si j’ai des rêves de verdure il y a le petit bosquet vert de nos cadavres de bières au fond noyés naissent les spectres des mégots ils montent dans le ciel indigo qui revêt le plafond du studio 

juillet 2010


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