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Nouvelle ode

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(Collection automne-hiver 2015)

cette année
la campagne porte une robe
léopard jaune et rouge
sous une veste encore légèrement verdoyante

un fleuve
passe
dans les tons bleus
et roses pastels
d’un foulard brumeux

les cimes ont mis
de drôles de bonnets de premières laines
au-dessus de leurs gorges échancrées

on aimerait
bien rester un peu plus
sous l’œil bleu ciel
à la pupille couchante
de cette grande
créatrice de mode
qu’ils surnomment
Versatile

mais les jambes
maigrichonnes
de la route sont déjà loin
sur le podium de la nuit


La plus jolie grasse matinée du monde

la plus jolie grasse matinée du monde…
c’est toi…
quand tu émerges doucement…
à moitié à poil…
sous un coin du duvet…
dans la tente…
posée hier soir sur un lit de calcaire…
et ce matin bercée…
par le roulis du matelas pneumatique…
qui glisse…
ramené sur le cours de l’Ardèche…
par la montée des eaux…

tout ça sous un soleil radieux !
sous l’envol des hérons…
avec la truffe d’un ragondin qui fend les flots !
et la tronche des baigneurs !
entassés sur leurs plages atrophiées par la crue…
eh ouais, les gars !
la plus jolie grasse matinée du monde !
c’est quand vous nous voyez passer comme ça, à la Huckleberry Finn !

3308larivieresansretour

(poème extrait d’un truc qui suit son cours…)


Very big fish

« EPUISEEEEETTE ! EPUISEEEEEEETTE ! » crie Gavin à vingt mètres de là.

Bon bon bon. J’ai toujours eu du mal à m’en convaincre, mais le début de l’automne est un moment sympa. De chaque côté de la rivière, un lierre rouge vif recouvre certains arbres et des buissons de ronces. Mais la végétation sauvage est d’un beau vert rendu quasi fluorescent par un soleil d’été indien. En face de moi, un peu plus loin en travers de la vue, l’Isère, qui laisse couler une incommensurable masse de flotte, et ramène des poissons venus se reposer dans l’embouchure de la Fleuraute. C’est juste à cet endroit que le reflet d’un monde où tout paraît possible peut parfois se montrer dans l’eau calme et limpide. J’y vois passer la silhouette des chevennes, des truites et de quelques brochets qui vont jusqu’à frôler mes pattes, ou font mine de prêter attention aux cuillères vertes et jaune fluo que je balance depuis bientôt trois heures. Un trésor de verdure, de vie sauvage à peu près préservée, qu’on ne désigne qu’avec le terme de « Fleurisère », pour éviter qu’une ribambelle de gus suréquipés comme nous viennent saccager les lieux tous les week-ends. Attention, je vous donne le principe, mais avec des faux noms, évidemment… Pas que je voudrais pas vous y croiser un jour, mais bon ! Enfin voilà, loin de nos vies modernes, presque immobile dans mes cuissardes, pieds plantés dans la flotte au milieu de ce coin où quasiment personne ne vient jamais, je sais plus trop comment j’en suis venu à me demander ce que l’esprit de cet endroit voulait nous faire gober avec de si beaux leurres, ou bien si on pouvait lui dire qu’il ne tromperait jamais personne avec ce tas de ronces envahis par les mouches. Ce genre de rêverie à la con, quoi.

« EPUISEEEEETTE ! EPUISEEEEEEEETTE, PUTAIN ! BOUGE TON CUL DE POETE ! » crie à nouveau Gavin.

Le fond de la Fleuraute, c’est du sable mouvant. Mais je parviens à m’extirper et à gagner la berge. Des ronces enlacées dans les branches me piquent mon bob mais je me pointe en lâchant un « C’est bon, mec. Il va pas s’envol… » interrompu par le bond d’un mètre de haut d’un long tube de bidoche argentée et verdâtre qui retombe au milieu d’un fracas stupéfiant. Brochet d’au moins un mètre vingt. On le voit déjà bien, avec son espèce de grande gueule de canard tapissée de dents pointues, ses p’tites nageoires orangées toutes mignonnes qui frétillent sous ses joues, son long corps de serpent bien dodu. Une vraie chimère qui se débat comme un monstre en envoyant de la flotte partout, sans avoir l’air de bien comprendre ce qui le tire par la machoire. Si c’est l’esprit de la rivière, il a pas l’air content de rencontrer deux citadins venus ici pour se détendre.

Bon. Nous voilà bien alors…

L’épuisette minuscule, le poste de Gavin qui s’élève un peu trop au-dessus d’un trou plongeant, le bassin plus profond et bien plus proche du fleuve, nos salopettes en caoutchouc qui interdisent en théorie toute chute à l’eau : dans un monde à peu près rationnel, décomposé par la trouille, j’aurais dit « pas moyen que j’essaie de sortir un machin aussi gros. C’est un coup à s’noyer. Démerde-toi, mon pauvre ! » La bête aurait fini par se décrocher toute seule en s’agitant et basta. Fin de l’histoire.

Mais pas à Fleurisère. Gavin finit par arriver à ramener la bête au bord. Je l’introduis dans l’épuisette, par l’arrière, en me penchant un peu par-dessus l’eau. Comme prévu, le truc pèse plus d’une tonne, dépasse d’au moins la moitié avec son bon mètre cinquante et bouge dans tous les sens, du coup je me pète la gueule dans la flotte. Forcément, l’eau s’introduit dans mes Waders, ça m’empêche vite de remonter. N’importe quel pêcheur devient alors une sorte d’hameçon plombé qui coule à pic. Mouvements répétés des dizaines de fois en pensée : sortir le couteau de la poche ventrale, trancher le caoutchouc sous l’eau, tirer les jambes hors de mes bottes et virer la combinaison qui va avec, tout ça sans se laisser désorienter par les mouvements confus de l’eau soumise aux coups de l’animal furieux et aux courants de l’embouchure. Ensuite, retourner assez vite vers un coin moins profond avec l’aide de Gavin qui s’est enfin foutu à l’eau. Je pensais pas que ça marcherait mais un ami m’a dit qu’un collègue de boulot lui avait assuré qu’il s’en était sorti comme ça tout seul. On est donc à « pêcheurs : double zéro – brochet : un ». Mais c’est pas terminé. Et croyez-le ou non, le monstre est toujours là. A remuer dans le dernier trou d’eau tranquille de Fleurisère avant le gros courant du fleuve. Filet encore accroché à l’hameçon planté dans sa gueule et relié à la canne coincée dans les branchages. Un beau bordel ! Pas le moment de faire trempette. Gavin parvient à rattraper le fil, ramène encore l’autre excité. J’aime pas toucher ces bêtes visqueuses alors je tire sur l’épuisette. L’autre pêcheur a le courage de l’empoigner à deux mains par le corps. De près, on dirait qu’il fait deux mètres de haut, qu’il se dresse hors de l’eau comme un Léviathan qui envoie des trombes d’eau par la bouche. Terreur totale et réciproque… C’est la vraie vie, le code secret pour éviter le boss de fin marche pas ! On la joue en équipe, mais il essaie de mordre pendant qu’on se rapproche d’une berge en trébuchant sur les caillasses du fond… Combo final de la panique absolue ! Deux gros poltrons qui se débarrassent du titan comme une patate brûlante en le balançant sur la terre ferme, qui grimpent vite fait en rampant dans la boue, l’un qui l’immobilise en le plaquant au sol pour que l’autre décroche l’hameçon…

Ouf ! Ça y est ! On peut enfin reprendre nos esprits.

Contemplation rapide de notre prise. Pas tous les jours qu’on voit des bêtes comme ça en vrai, aussi vivantes ! Pas d’instrument de mesure sous la main mais il fait bien un mètre, c’est certain. Pas de photos non plus : nos téléphones ont bien morflé dans la bataille ! Le monstre de la Fleurisère est heureusement indemne. A peine une petite goutte de sang à la lèvre du haut. Et toutes les illusions développées pour nous impressionner ont disparu.

Il nous regarde en frétillant de temps en temps avec les forces qui lui restent et ses deux p’tits yeux tristes. Dire que les hommes ont été des poissons, dans une autre existence… Je lui trouve un visage presque humain, le visage d’un aïeul oublié, un peu mélancolique. Un peu déçu aussi de s’être fait avoir au piège grossier d’un poisson en plastique coloré… Pas toujours bien malin ces trucs, tu m’étonnes que ça ait donné des bestioles aussi stupides que nous en quelques millénaires ! Dans une autre existence, Gavin l’aurait décapité puis ouvert en deux pour lui bouffer le cœur et vider ses entrailles dans les flots, avant de ramener fièrement sa viande à la tribu ! Mais dans cette autre vie, le Gavin n’aurait pas un prénom d’influence anglophone… Et puis surtout, aucun d’entre nous deux n’a le cran d’attenter à la vie d’un poisson aussi gros.

Bref. Maintenant qu’on s’est bien amusés, on trouve un endroit moins profond pour le remettre à l’eau un peu plus en douceur. Pour qu’il reprenne un peu de forces, il faut le mettre entre les jambes et lui faire faire un va-et-vient afin que l’oxygène circule dans ses branchies. Puis dès qu’il s’est remis de toutes ces émotions, le voilà qui se trace en dessinant la pointe d’une flèche dans l’eau rosée par le soleil couchant. Tableau parfait. Tchao les gars, merci pour tout, vraiment !

On grille une clope pour se remettre, il fait un peu trop froid pour deux éponges comme nous, et c’est l’heure de laisser Fleurisère à ses occupations nocturnes. On range le matériel, l’esprit de la rivière me rend mon bob et on traverse la Fleuraute, les ronces et les sentiers à peine tracés de la forêt tapissée de lierre rouge. Je me demande vite fait si la nature est plutôt une auto œuvre d’art, ou bien un peintre né de son propre pinceau, sorti d’un peu nulle part. En marchant dans le champ, on essaie d’accorder nos versions de l’histoire : « – Pourquoi tu l’as pas ramené plus près ? – Ben j’ai fait c’que j’ai pu, mais toi, comment t’as fait pour te casser la gueule ? T’as glissé dans la boue ? – Mais j’allais m’en sortir ! Fallait pas le lâcher, p’t’êt’ qu’on aurait p’t’êt’ pu… » Un récit tout à fait probable se construit. On croise le paysan du coin, qui vient ici parfois jusqu’à la fin novembre et se fout à la flotte en calcif pour attraper cinq à dix truites en une grosse heure, simplement en cherchant doucement sous les roches à la main. « – Bonne pêche, les gars ? Z’avez bonne mine, tiens ! – Oh bah, ça va aller… On a pas fait grand-chose… Un brochet… Quatre-vingt… Et encore… S’est décroché tout seul… » Un jour, il nous a comparés à des chasseurs qui dégommeraient des sangliers pour les prendre en photo et laisser leurs cadavres pourrir sur les feuilles. Mais aujourd’hui, pas l’ombre d’une photo, nos habits bien trempés, on a l’air encore plus malins. Arrivés à la caisse, on enlève nos Waders presque intactes et leurs motifs de camouflage qui nous donnent l’air d’un véritable commando serpillère. On range nos boîtes à leurres qui doivent bien contenir deux ou trois cent euros de cuillères en métal, de poissons en plastique, d’imitations de vers de terre et de petits  grigris aux pouvoirs fantastiques.

L’étincelle du contact, un serpent de bitume, un coup de téléphone pour annoncer notre retour et nous voilà très vite au bout des lignes citadines. Il fait bien nuit quand on arrive. Nos femmes ont fait les courses après un p’tit shopping. On déguste un filet de panga surgelé en racontant la version de l’histoire avec les beaux reflets dans l’eau limpide et claire. Elles ont quand même un peu du mal à l’avaler. Comment ça, « gros mythos » ?!

brochet


Négatifs

Je ne veux pas dire que les rivières aient autrefois coulé ailleurs que contenues dans de limpides cylindres de plastique qui s'alignent le long de rayons de métal que les océans n'ont pas toujours été réduits en cette poudre blanche que renferment de petits tubes de carton bleu ou que le genre animal ait jamais existé que sous l'apparence d'identiques rectangles de chair homogène stockés dans des coffres frigorifiques et je n'ai pas l'audace de penser que le monde dans lequel nous vivons ait d'ailleurs un jour été d'une autre couleur que blanc, gris, légèrement bleuté et noir ou bien que cette image négative de la réalité ne soit rien d'autre que le froid produit infernal de notre plus grande peur qui est la négation de la vie mais je ne vais pas non plus laisser croire que ce monde ancien n'ait été dangereux qu'en des temps reculés la nature ait poussé en des jardins ailleurs qu'inoffensive sur des parcelles de terre en pot je n'éprouve aucune crainte à l'égard du monde que nous sommes en train de créer

***
photo prise ici et retouchée


Je ne crois pas en Dieu : c’est un blasphème

Je ne crois pas en Dieu : c'est un blasphème de penser que ce truc soit assez con pour nous avoir créés pour qu'on nous blâme ou qu'on nous récompense comme dans un jeu ; il m'a fait libre, en vie, et c'est déjà mon châtiment ou ma rétribution. Je n'ai aucune foi en la nature : par chez moi les montagnes ont la beauté de fleurs qui vous invitent à reproduire toujours la même erreur ; ça pour crever et pourrir, au dessous de froids gravats qui dissimulent son hostilité ! En l'homme je n'ai pas non plus confiance : nous avons envahi la Terre (je n'ai envers les inconnus aucune méfiance, mais il est clair que les « malheurs d'autrui » ne gênent que s'ils produisent trop de bruit), et nous n'allons cesser de nous gêner... Bien sûr, je n'ai aucune confiance en moi : étant d'une maladresse extrême, et lâche, tout ce que je fais tourne autour de moi, vise à hausser l'image de moi-même qui est d'ailleurs sans doute un vrai problème ; mon cœur, peut-être froid comme une roche ? Je m'en remets donc à toi, mon amour, et ce n'est pas une autre niaiserie : puisque ce sentiment sincère et pur n'était peut-être pas qu'un simple jeu, il n'est pas impossible, après tout, que je croie en ces énormes conneries.

On peut encore écrire des poèmes sur les arbres sans avoir l’air con

Où prend-donc fin ce que désigne le mot arbre ? Dans ses racines qui s'enfoncent dans la terre ? Ou dans ses branches comme plantées dans l'atmosphère ? Les arbres poussent, les arbres meurent Au rythme de la Terre qui tourne Des immeubles s'élèvent et tombent Des gens y font l'amour et meurent Pareils au moteur à pistons De ma voiture qui tourne en brûlant les corps morts Des anciens végétaux C'est con, ils avaient mis pas mal de temps A consommer ce CO2 pour le changer en oxygène C'est un sacré boulot qui s'envole en fumée Tant de pages déchirées qui volent dans le vent Leurs descendants sont morts pour que je ne puisse même pas écrire ceci sur le papier d'un livre Leurs descendants sont morts pour qu'on lise l'Equipe (ou Elle) Leurs descendants sont morts pour qu'on se torche le cul avec Consolons nous : au moins leurs squelettes calcaires Contenus dans les murs de cet appartement Font un cocon confortable, quoiqu'un peu concon Les arbres poussent, les arbres meurent On a mis un sacré bordel, ici-bas Pareils aux pistons du moteur De la tronçonneuse qui les abat Je fais toujours la même conclusion Mais quand on fait l'amour je n'y pense même pas On peut encore écrire des poèmes sur les arbres Sans avoir l'air con

Ô le tonneau des Danaïdes…

Ô le tonneau des Danaïdes Sans cesse tu te plains Qu’il soit toujours à moitié vide Il est à moitié plein Oui, les gosses naissent dans leur tombe Mais les gens vivent, un peu L’amour est ce trou que l’on comble Mais peut-on rêver mieux ? Je trouve belle la nature C’est déjà mieux que rien Et je me dis, dans ma voiture Que tout cela est bien

Tes Lunettes

I.  Nuit de printemps sur le versant d’une planète à l’affut d’une étoile filante  oh que la lune tombe ce soir pour ou sans toi sans dessous sans dessus est le monde pour moi  et je n’ ai pas besoin de lu net tes 3 D pour contempler l’immen si té de l’u ni ver s é pin glé à la proue de l’énorme vaisseau ter rest re q u i va où II. Journée d’été précipité d’une falaise j’ai trouvé la forme douteuse sur un nuage pour ou sans toi les lumières phosphènes scintillent dans le ciel et je n’ai pas pu tailler au couteau u n ray on d e so leil qui tombait sur la plaine pour m’empêcher de quoi au fin fond de la mer pé tri fi ée des mas sifs oh je n’ai pas besoin de lunettes pour éclipses III. Et revoici l’après - midi d’automne en ville j’ é vo lue au mi lieu des publicités vaines loin de l’automne de ma vie oh je n’ai besoin de rien ni des lunettes de John Nada ni d’un miroir de fête foraine pour suivre la para de des aliénés dans la rue qui va où où vont les cadences des piétons et voitures où est la nécessité de croissance où sont l’amour et l’air purs IV. Parfois l’hiver je pense ce n’est pas difficile il faut briser la glace je suis comme tout le monde putain on sait tous très bien ce qui est beau et ce qui est immonde alors pourquoi reste-t-il un tel froid et je n’ai pas besoin de lunettes de vue quand le soir avec toi je m’échauffe au poème de la vie que je vois dans tes yeux oh Tiphaine

Août 2010


Premier flocon

Dans les nuances uniformes de la neige au ciel de lait les couleurs de l’automne se sont en allées  haut tout là-haut se détache une floche rien une constellation d'étoiles légères en suspension et le printemps est de retour et le bonheur et l’équité le vaillant perce-neige mourra avant l’été

Juillet 2010


L’Etrange apparition du lundi 4 avril, quelque peu exagérée sur la fin

Avril 2011

Lundi après midi,     que j'étais en retard V'là t'y pas qu'en sortant     d'une banlieue moderne Pour aller au boulot     sur un grand boulevard Tout orné de verdure     et de bâtiments ternes Une cane et ses poussins en file indienne qui traversent Ah ! Vroum Tralala Et ron et ri-dondaine Je pile et braque à droite Un autre file à gauche Me traite d'anacoluthe Et mille noms d'oiseaux S'envolent Du boulevard Au fil des paraboles Des chauffards Ah ! Vroum Tralala Et ri et ron-dondaine Mais cependant la cane Poursuit son impassible traversée Sans se bouleverser De ses poussins la file indienne S'allonge sur les voies Se serre sur les bandes blanches Tandis que les autos S'écrasent dans les plates-bandes

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