Archives de Tag: passé

52 nuances
de poils gris
dans la barbe


t’as cru
que le passé
disparaissait
dans les souvenirs
troués de la mémoire ?

et non
ton passé s’est caché
un peu partout

y’en a c’est dans une madeleine dégueulasse
y’en a c’est dans le chant à la con d’un genre de piaf

toi c’est dans le solo
de cette chanson
inavouable des Guns n’Roses
que t’écoutais à 11 ans et 1/2
pour faire comme le petit ami
de la plantureuse grande sœur
de ton meilleur pote

une scène d’un mauvais film avec Kevin Costner
ou un émulateur de jeux vidéo vintages
chacun ses références

mais c’est surtout
d’éclater des citrouilles
dans ta tête de radio
qui t’menait au
Nirvana

assis
debout
sauter
coup d’poing
coup d’pied
quart de tour boule de feu
haut bas haut uppercut
plus une espèce d’hélicoptère
qui te faisait traverser l’écran
dans des incantations imprononçables
c’était ça la baston dans les années 90
et ça laissait pas beaucoup d’choix à la jeunesse
qu’avait déjà des prises péritel implantées dans la nuque
et les yeux globuleux comme des écrans cathodiques
à la vue des guibolles enflammées de Chun-li

toute ton adolescence
à télécharger dans
un émulateur
de console
seize
bits

plus tu vieillis
plus le monde est de plus en plus dense
il se remplit de souvenirs d’enfance
surtout les jours de pluie

ces jours
à s’emmurer
comme une
marmotte
devant un film
avec Bill Muray
que tu as vu
cent fois

ces jours
où ta vie
ressemble
à une trop
rapide
descente
en kayak
et où tu
tentes
tant bien
que mal
de ramer en
arrière pour
gagner du
temps

‘fin bon
c’est toujours moins débile
que tous ces crétins
qui veulent doubler tout l’monde

toi tu profites
de tes paysages
intérieurs

quand t’as plus d’énergie
quand t’as l’cœur qui s’agite
ben toi ton antalgique
c’est d’la bonne brique
de nostalgie

une brocante
dans la tête
dix souvenirs
poussiéreux
au prix d’un
destin en vrac

rappelle-toi
ta vie telle
une soirée
à la belle
étoile

ah
ta première amourette
c’était si romantique
vous étiez sur une plage naturiste
entourés de vieillards tout flasques

souviens-toi
c’était le temps
des scoobidoos
des pogs du gak
et des ondamanias
ou de l’apéro lambada
oh le lointain début
des arnaques

compare
ce que tu es devenu
avec ce que tu voulais être
et ce que tu détestais le plus
de quel côté es-tu ?

as-tu trouvé ta place
dans la partie de Tetris
des embouteillages
du matin ?

toutes ces journées de merde
pour payer toutes ces jolies choses
tu te dis que la vie moderne
est comme un beau costume sadomaso
et qu’il te va
de mieux
en mieux

un peu comme Mario bros
tu t’es cassé la tête sur des questions carrées
un peu comme Link
tu t’es battu pour une princesse canon
et un peu comme Sonic
t’as fini droit dans les écrans

t’es triste
dans ton
âme boy ?

tous les matins
de ta vie
sont une suite de tartines
délicieuses
qui tombent toujours
du côté de la nuit

étranges
poupées
gigognes
d’impressions
de « déjà vu »
cette scène
tu l’as vécue
sept fois
par semaine
depuis
sept ans

t’as laissé ton esprit
comme une maison abandonnée
avant même qu’on finisse de la construire
et tu sais que personne ne voudra jamais la racheter

ton enfance
est partie
en vacances
à skis
mais
sur une montagne
où il n’y aura jamais
de remontée

en fait
le temps
c’est pas une ligne
ça serait plutôt une boule
ou plus ta petite tête de boule de neige
ta petite tête qui accumule comme des flocons
de neige quelques morceaux d’étoiles de l’univers
au fur et à mesure que toi tu roules ta bosse

attention
n’importe quel
endroit
est plein de petites étincelles
capables de rallumer ces étoiles
ce sont
de petites mines
blindées d’éclats de ta mémoire
et de
pépites
de nostalgie

qui
sait

loge
la clé
des jours
pliés
sous tes
méninges

ho(m)me
sweet hom(m)e
cette maison
dans laquelle
t’as grandi
que ta maman
a dû vendre à une
famille de veinards
t’apparaît parfois
brusquement
avant que le sommeil
ne vienne te hanter avec
toute ton enfance dedans
ce sont de beaux souvenirs
le toboggan qui griffe
les pissenlits et les marguerites
le chat tout bouffi de croquettes
les éclaboussures dans la rivière
la belle piscine de papy et mamie
la vie à la campagne chez papa
les virées en famille à vélo
les familles qui se recomposent
les batailles dans les bottes de foin
les cabanes bricolées dans un arbre
les chevaux les poneys et les ânes
la petite Renault 5 et la Citroën AX
les VHS qu’on a vues quarante fois
les morts qui ne reviennent pas
les maisons qui s’enchaînent
les chansons à la gratte
les fiestas de l’adolescence
les amis et les amourettes
perdues et ton frangin
qui se prenait
pour le Sauveur –
souvenirs parfois
légèrement plus
douloureux
alors tu fous
tout l’monde
dehors
tu fermes
à double
tour
et tu
dors

dans tes rêves
tu soulèves
toutes souffrances
comme des plumes
au réveil
tu ploies sous
les souvenirs

y’a des marques
de coups d’poings
dans les murs
de ta vieille
tête de piaule

vingt ans plus tard
tu crois encore
voir untel ou untel
au détour d’une ruelle
alors
qu’il est
mort

et tes
parents
doucement
blanchissent
comme des souvenirs
qui s’effacent timidement

tes grands
-parents
ne sont plus
grands

tes deux enfants
sont deux souvenirs oubliés
de tes premiers instants
qui ont pris
corps

tu te souviens
de la douleur des premières dents
des vagues de l’océan qui te foutaient la trouille
ou d’un train toboggan dans une cour d’école

et quand t’étais
deux moitiés de cellule
avec une chance
sur
mille billions de trilliards
de s’rencontrer
tu t’en souviens ?

et Pamela
Claudia
Sylvia
Tabatha
Clara
toutes ces
ces gougouttes
de sperme
qui s’perdent
en l’air
tu t’en
rappelles ?

ah la la
quand t’étais ado
t’avais toujours
un skate sous l’bras
pour plaire aux filles
tu savais pas en faire
infoutu que t’étais
de voler par-dessus
les trottoirs

pareil pour le snowboard
une journée dans les pommes
à rêver de jolies gambettes
rien que pour avoir voulu tenter
le grand tremplin
juste après la séance
d’initiation

t’aimais grave l’escalade
mais t’avais peur du vide

un jour
de mauvaise pêche
t’as même ferré ta propre lèvre
..
enfin au moins
à la guitare
tu pouvais presque tout jouer
rock pop jazz classique
flamenco Mario Bros Mac Gyver
mais seul chez toi passque
t’avais les paluches qui tremblaient un peu
si on t’mettait devant quelqu’un

longtemps t’as essayé d’être coool
en t’couchant à pas d’heure
le ventre plein d’éléphants roses
les poumons pleins d’nuages
les tripes au sol
et les lend’mains aussi
t’as essayé d’être coool pourtant
t’as vraiment tout tenté
t’as vénéré des dieux
qui savaient à peine tenir une guitare
planté debout pendant une éternité
avec des milliers d’adeptes heureux d’être entassés là
t’es resté assis
enfermé entre quatre murs
(ce qu’on appelle « sortir »)
à payer des fortunes
pour te remplir la gorge de pisse dorée
et les oreilles du chant des charlatans
tu vois c’est vrai t’as vraiment tout essayé
à un moment t’es même
finalement devenu plutôt coool
mais lorsque tu
t’es réveillé
avec une drôle de gueule de bois
de lendemain d’jeunesse
t’étais comme tout l’monde

c’est
bête
t’as oublié
d’éteindre
tes rêves
d’enfant
en partant
vivre

maintenant
t’as l’air
d’être là
sans souffler
où tu planes

tu t’es jamais vraiment sorti
des labyrinthes tordus
en fausse 3D
du jeu de rôles
plein de mystères
de ton
passé

même
t’es comme
un enfant
de quatorze ans
enfermé
dans un corps
qui aura
quarante ans
dans
cinq ans

nul ne connaît
cette tare du rock
que t’as jamais été

52 nuances
de poils gris dans la barbe
ta femme trouve que c’est pas tellement sexy


Label Rouge

..xxx-sam-britt-pasmonte-ran-4_3

c’est bête
nous sommes
de tranquilles
troupeaux mais
le frôlement
d’un vieux souvenir
sur la brûlure
créée par le passé
suffit à raviver
tous nos démons


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