Archives de Tag: personne

halfie

À qui sont toutes ces belles photos d’immensités ? Est-ce que c’est sur le fil du temps qu’on les voit défiler ? Est-ce qu’elles scintillent différemment quand on éteint la nuit ? Est-ce qu’elles se ressemblent aussi bien à la lumière des pires cauchemars ? Dans quel envers de notre Histoire se sont perdus tous les visages qu’elles représentent ? Qui a pris ces portraits souvenirs d’un présent oublié ? Est-ce que c’est simplement leur propre solitude qui leur tient l’appareil ? Ou bien est-ce qu’ils essaient plutôt de tourner le dos à leur propre mort ? Est-ce que c’est sur le fil du temps qu’on les voit défiler ? Ou est-ce qu’ils filent au gré des pages du vent ? À qui sont toutes ces belles photos d’immensités ?

(extrait des Maximes de nulle part pour personne, dessin d’Eric Demelis)


roidesbouffons

L’assurance ça nous va comme un gant… Enfin plutôt comme un gant d’toilette… Ou alors bon d’accord un gant d’toilette enfilé sur un portefeuille plein à craquer de bouse de porc-épic… Serait-ce plutôt de l’argent sale sur un compte qu’afficherait des farandoles de contes de fées mais pas pour les enfants… Oh et puis je sais plus… On a qu’à dire que ça serait comme toutes ces trucs qui meublent comme fumer des p’tits croûtons à l’ail broyés dans du papier dessin au fond d’une cour pleine de crottes de pigeons enfin bon par exemple… Ça pouvait pas être plus proche d’une espèce de grosse moufle inerte oubliée sous une avalanche qu’un cocktail molotov balancé sur une île privée de lancer la révolution du fond d’un canapé… L’assurance… Ah… Cette vieille serviette mouillée pour traces de bourses en perdition qui occupe nos vacances comme un cigarillo grillé sur la cime d’un caillou…

(Maxime de nulle-part pour personne illustrée par Eric Demelis)


chatman

Chat-man… Oh… Chat-man… Ici rôdent tripes… Chaos bâille… Et monuments volés… Mon p’tit Chat-man… J’ai comme un Grand Canyon dans la caboche… J’me suis foutu un feu de camp d’migrants au crâne… Maintenant je louche sur l’air qui me souffle entre les deux yeux… Gentil Chat-man… Je suis né dans cette caravane de roms… À 66 km/h sur la route 666… Un jour de ruée vers l’Europe… Chat-man… Mon gros Chat-man… On voyage vers le bout de notre indifférence… En prenant des fast-food célestes sur des airs de repos… Sous des constellations en formes de serpents à sonnettes d’alarme… Chat-man… Gentil p’tit Chat-man… Ici les trains ne partent pas au Luna Park… Les contrôleurs ont un léger accent Yankee… Les derniers pacifistes en vie sont des enfants d’hippies  embourgeoisés… Chat-man…

(Maxime de nulle-part pour personne, dessin d’Eric Demelis)


les bras m'en tombent

Pas d’bras pas d’bazooka. Pas d’chance pas d’existence. Pas d’patrie pas d’sucrerie. Pas d’cerveau pas d’bonne note. Pas d’habits d’marque pas d’marque d’amitié. Pas d’biscottos pas d’p’tite copine. Pas d’pistoles pas d’grande école. Pas d’endettement pas d’appartement. Pas d’parents pas d’garant. Pas d’nénés pas d’bébé. Pas d’congé pas d’songerie. Pas d’boulot pas d’bonheur apparent. Pas d’manifestation pas d’retraite. Pas d’argent pas d’médicament. Pas d’religion pas d’place au paradis. Pas d’néant pas d’vent dans les dents. Pas d’bras pas d’bazooka j’t’ai dit.

(Maxime de nulle-part pour personne, dessin d’Eric Demelis)

 

 


 

chienenragé

Les chiens aboient. La caravane des têtes de Turcs trépasse. Ça se flaire le train-train crottidien. Ça ramène la baballe du boulot à la maison. Nonos à moelle au fond d’son p’tit jardin secret d’polichinelle à soi. Niché en creux d’une p’tite case en béton avec en lettres roses un patronyme sur une grande boîte aux lettres. Une écuelle de croquettes de poulet pané qui reste un peu sur le ventrou. Caca dans la même flotte que celle qu’on lape. Toujours marquer son territoire en pissant sur sa propre identité nationale. On a le droit de frétiller d’la queue en se frottant sur la guibolle du dieu d’que dalle bordel de nom d’un sale clébard à son papa.

(Maxime de nulle-part pour personne, dessin d’Eric Demelis)


chapeau

     Pions noirs contre esclaves blancs. Maillots crevés versus costards cravates. Coeurs d’or coffres de fer. Ceux qui ont tort d’avoir raison. Ceux à qui la raison manque à tort. Imbéciles convaincus anti intellectuels-douteux. Vieux croûtons. Jeunes crétins. Femmes faciles à mater contre mal d’homme inné. Croyances pieuses athées pieds. Pervers sucent prudes. Nature contre-nature. Supporters de Satan. Hooligans du Seigneur. Pour émeutes anti émotion. Bonnes cendres.  La coupe des cons. Continue.

(Maxime de nulle-part pour personne, dessin d’Eric Demelis)


sale chat

Une vie en équilibre au bord d’une gouttière de comètes liquéfiées. Une vie au coin du radiateur qui te ronronne au creux du ventre. Une vie à chasser les moineaux pour rire et les grains de pollen pour survivre. Une vie directement connecté sur un distributeur de croquettes. Une vie terrorisé par une pelote de laine violette qui se défile aussi légèrement que les minutes. Une vie avec des nuques sanguinolentes comme preuves d’amour entre les dents. Une vie pleine de caresses à rebrousse-poil contre un nettoyage de litière gratuit et d’autres friandises. Une vie les oreilles rabattues sur tous les pots cassés de l’existence. Une vie à retomber toujours sur les deux pattes d’un matin de petit veinard.

(Maxime de nulle-part pour personne, dessin d’Eric Demelis)

 


rire diabolique

Hé ! Hé ! Hé ! Toi… Enfer ! T’as pas assez prié l’bon Dieu ! Toi… Enfer ! T’as lorgné l’orteil d’une autre ! Toi… Enfer ! T’as rien donné à ce clochard de la rue Bettencourt le 16 avril 1987 ! Toi… Parad… Ah non ! Enfer ! T’es pas baptisé ! Toi… Enfer ! T’as écrasé quatorze milliards huit cent cinquante deux millions cinquante six mille trois cent dix-sept brins d’herbe et cinq cent trente gendarmes ! Toi… Enfer ! T’es trop moche pour le Paradis ! Toi… Enfer ! Avoue ! T’as failli te turlupiner la zigounette un soir d’hiver où ta maman était partie chercher des pommes ! Toi… Enfer ! Toi… Enfer ! Et pour l’Éternité ! Enfer ! Hé ! Hé ! J’adore ce job ! Toi… Enfer ! On s’amuse comme des diables ! Toi…

(Maxime de nulle-part pour personne, dessin d’Eric Demelis)


narcisse moche

Terrien du Tout. Fils de bactérie. Va niquer ta mer. Pauv’ continent. Face de péninsule. T’es plein d’moutons. Tu pues du culte. Et t’as un gros néant. Alors ? Tu t’trouves toujours bobo ?

 

(Maxime de nulle-part pour personne, dessin d’Eric Demelis)

….



troisième oeil

Scintillement du soleil sur les particules. L’empreinte colorisée d’images sur la rétine. Et la fluorescence des mousses et des amanites. Dans une forêt qui couve fraîchement ses jaunes bolets sans tambour ni trompette. Le regard paternel d’un jeune brochet trahi par son pêcheur de descendant. Ou la fraternité d’une algue. Sous le flic-floc du vent des flaques d’eau douce. Free-jazz des p’tits zozios. En fond la baffe des basses d’un concert de silence en montagne. Avec des octaves de couleurs et de formes. Et la pluie fraîche qui tombe. Mais un peu à côté. Puis un nuage tout seul balaie la plaine avec son ombre. Soir. Point à la ligne d’horizon. On sent un peu la très légère courbure du sol contre son dos. Tranquillement transporté vers la belle étoile. Insecte épinglé sur la Terre. De l’utilité d’un troisième œil quoi.

(Maxime de nulle-part pour personne, dessin d’Eric Demelis)

 


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