Archives de Tag: photo

Avant, quand je voyais un paysage qui me plaisait, je prenais des photos. Je prenais des milliers de photos de vacances, je les stockais dans des centaines de fichiers de photos de vacances, et je ne les consultais plus jamais. Je voulais à tout prix capturer la beauté de ces lieux avant de reprendre ma route, mais retranché derrière mon objectif, je passais complètement à côté de leur vraie nature. Naturellement, quand j’ai compris l’absurdité de cette démarche, je me suis mis à essayer de prendre un peu moins de photos, et à garder le temps de regarder subjectivement le monde, avec mes propres yeux. J’ai commencé à contempler vraiment mes points de vue, et en tournant les pages des strates de couches sédimentaires, j’ai appris à identifier mes paysages intérieurs. À mesure que les parois de ma boîte crânienne s’évaporaient parfois dans un ciel panoramique, je ne prenais bientôt pratiquement plus aucune photo, vu que cette grande pupille bleutée plantée dans mes orbites terrestres allait plus loin dans mes pensées, dans la pensée du monde, que n’importe quel instrument de réflexion optique, si performant fût-il. Puis un jour, en été, à la suite d’un départ en vacances un peu précipité, j’ai oublié mon appareil photo mais j’ai quand même pris des poèmes, et j’en ai ramené quelques-uns en couleur…

photo : Smith Smith, « Runny »


...


les avions tracent des traits dans le ciel

………………………………………………………

les falaises tranchent les monts

les pistes de ski vides taillent les forêts l’été

les champs carrés quadrillent toute la vallée

………………………………………………………

les rues la ville


les murs séparent les hommes

les peaux isolent les âmes

les mots découpent le blanc des pages

………………………………………………………

ce poème lui
reste un


(j’ai oublié mon appareil mais j’ai quand même pris des poèmes,
recueil bientôt fini)



y’a comme

un p’tit bout

d’bonheur

qui r’descend

l’échelle

de l’horizon

y’a l’
dernier
brin d’lumière
qui s’barre en toboggan
vers on sait pas encore vraiment trop bien où

y’a
l’dada d’la planète
………qu’est
………monté
sur ressorts et s’emballe

y …. ………. y ‘ …… y ……….
y ……….. ….. y ……….
a tout l’tour du bac à sable
du jardin d’Grenoble
qu’est plein d’graines folles

….

y’a des parents qui crient plus que leurs mômes

y’a des ados qui chassent
des rêves le dos plié en deux

y’a surtout des gens

tout p’tits
qui font n’importe-quoi

mais bon

c’est comme ça
partout
au fond

y’a la
voiture d’Arthur Nina et Niels
qu’a repris la route des vacances
mais dans les quatre directions
et même s’ils s’ …….connaissent
……même ……………….. pas

………………y’a
toute la ville qui m’swingue
s ……………………………….k
o ……………………………….i
u ……………………………….o
s ……………………………….s
…………………………………q
l ……………………………….u
……………………………….e
et ça ça m’fait quéqu’chose
ça m’fait quéqu’chose de dingue

(j’ai oublié mon appareil photo mais j’ai quand même pris des poèmes)



à l’orée

un panneau sur une tronche de bois :

« vous entrez dans
la forêt d’une conscience »


tous ces troncs d’arbres en sont les barreaux

les cailloux
le calcaire
du crâne

les pins c’est des pointes de cheveux

et les aiguilles sur le chemin

vous piquent un peu la gorge


ici ça mousse de souvenirs d’enfance

la fraîcheur de l’oubli aussi fait du bien
on y entend couler le temps

et le chant d’un poème
…………………………perché
dans le silence


les rayons du monde extérieur vous y atteignent parfois
à travers des branchages affreux

mais quand vous déboulez sur une clairière

c’est l’illumination

(j’ai oublié mon appareil photo mais j’ai quand même pris des poèmes)

 …


(pikhaiku
pikhaiku
rimbizarre)

chasse aux poèmes on
m’aura vu déambuler
au sommet d’une crête
au bord d’un pont
ou tout au fond d’une gorge
les yeux absorbés par mon
carnet
de brouillon

(hymnomade
ramélodie)

et puis d’abord moi aussi
quand j’en attrape un
j’ouvre ma pomme de bulle

et j’emploie toute mon application
à le dresser
pour qu’il soit
mieux

(colostrophe
colostrophe
colostrophe
colostrophe)

pour l’instant ma femme
trouve que je joue un peu trop
souvent tout seul
à part quelques castors

mais les modes changent
qui sait ?


(j’ai oublié mon appareil photo mais j’ai quand même pris des poèmes)

 …


j’ai calé
des mots
comme
un barrage
de galets
(écoutez les
qui s’empilent)
mais le
blanc
de la page
coule entre les
cailloux qu’a
-t-on de plus
à dire que
le torrent
capricieux
et clair
ou que le tronc couché dessus
pour traverser vers quelque
pendant ……………………………… obscure
que nos …………………..forêt
pensées …………………………. calme
suivent leur
pente

(j’ai oublié mon appareil photo mais j’ai quand même pris des poèmes)

 …


RECETTE DE
L’HOMME
-LETTE MONTAGNARDE

1.
touillez
le bleu du ciel
dans le lac turquoise
et les vertes cimes

2.
versez la crème des rayons de l’été
dans la poêle d’un point d’eau miroitant

3.
méfiez-vous de
l’huile sur les fesses
qui dorent

4.
retournez-vous dans toute cette beauté toutes les deux heures

5.
quand l’ombre
a fait le tour
de l’arbre des palabres
allez gratiner au fond
d’une voiture bien chaude

(j’ai oublié mon appareil photo mais j’ai quand même pris des poèmes)

 …


les marmottes sifflent
la caravane des randonneurs
bouchonne
les jumelles scrutent
les oiseaux fuient
les connaisseurs cancannent
un caillou roule deux nuages
passent les chiens aboient personne
n’a vu le convoi des marmottes
filer la vache
mais quel bousou
sur les sentiers
l’été

(j’ai oublié mon appareil photo mais j’ai quand même pris des poèmes)

 …




les montagnes
sont des fleurs
de pierre
qui fanent
moins vite

(zoom)

quelques nuages
viennent parfois
y butiner
l’air frais

(zoom)

une ou deux fois
par semaine
le ciel pulvérise

(zoom)

un peu
de pluie

(zoom)

pour éliminer les parasites

(j’ai oublié mon appareil photo mais j’ai quand même pris des poèmes)

 …


Chant des boat people

tous
TOUS
dans la même
DANS LA MÊME
galère on rame
GALÈRE ON RAME
vers notre Eldo-
VERS NOTRE ELDO-
radeau
RADEAU

1554604_10154332514935444_6482822464370106154_n

photo trouvée sur la page de Jamal Dajani


%d blogueurs aiment cette page :