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Tête de bois ! Tony Palladino, 1968

6 graines de poème
à planter dans une tête bien molle


les arbres
tiennent le ciel
dans leurs feuilles

ils créent leurs corps
avec de la lumière

plantent leurs vies dans le sable

leurs troncs
agrafent
l’ombre
du vent
avec les rêves
des cailloux

en fait s’ils tiennent la Terre
entre leurs grandes racines et le ciel dans leur feuilles
c’est pour nous éviter qu’elle et lui se séparent

et aussi
que les gens
dans les nuages
quittent
le
sol


au sommaire de la Revue Méninge n° 10, à lire en ligne ou à télécharger ICI , sur le thème « masculinités » : extrait signé Claire Von Corda…

 


bouts d’coquille
(livre d’artistes en deux exemplaires avec Thierry Lambert)

on a trouvé
ton plus vieil ancêtre
c’est juste une algue
dans une flaque

pour la lune
même les âmes
ont une ombre

les reptiles au sang froid ont un cœur de lumière
sauf quelques faux serpents du nouvel an chinois

quand
la nuit
pleure
les étoiles
luisent

 


Ceux qui voient trépasser les poissons comme des nuages


(livre d’artistes en un exemplaire

avec Eric Demelis)

On nait au milieu d’un voyage. On pousse en territoire hostile. On apprend à ramper sous les regards humides. On marche en titubant. On marche. On bute sur une barrière. On marche ailleurs. On baragouine une langue inouïe. On tombe encore sur une frontière. On grandit dans une autre direction. On grimpe sur les années. On court après les souvenirs. On s’arrête sur un mur d’injustice. On transgresse les limites. On franchit les frontières interdites. On a les barbelés qui poussent. On s’arrache toute la peau. On perd son propre corps. On déménage. On s’expatrie. On change de ville. On change de vie. On atterrit à la lisière d’autrui. On s’y retrouve sans papier ni passeport. On s’installe dans un bidonville d’une ville bidon. On campe juste à côté du cul d’une femme. On prend une barque en direction du cœur humain. On s’entasse dans un bar ballotté par les vins. On coule direct. On rejoint des milliards de noyés. On squatte au fond d’un ciel de solitude. On pleure tout un cimetière marin. On a tous traversé les pays de vingt vies. On stagne avec tout ceux qui voient trépasser les poissons comme des nuages

;;;


l’arrosoir à rosser

quand un porc fuit la crasse…

c’est p’t-êt’ qu’un clebs en brêle le presse…

c’est p’t-êt’ qu’y tracte la bruine…

c’est p’t-êt’ pou’l’blé d’une poule fute-fute…

.
..

..

(livre d’artistes en deux exemplaires avec Colette Reydet)

 


l’indicible
(mon cul)

la poésie
n’est pas
une fontaine
de jouvence
mais
celui qui en écrit
sera considéré
comme jeune
jusqu’à quarante cinq ans au moins
tu rêves de séances dédicaces
entouré de mamies folles de toi ?
de lectures endiablées
devant un public de grands-pères endormis ?
et de crouler sous les exemplaires auteur
après avoir attendu des années
que la sortie de ton recueil auto-oublié
n’intéresse pas la moindre librairie ?
alors comme ça tu voulais être un grand poète ?
meurs
reviens nous hanter
dans trois siècles
écris comme il y a cinq cents ans
en rimes ABBA riches ou suffisantes
ou alors écris juste n’importe quoi
ça te donnera un air surréaliste
mais n’oublie quand même pas
d’inscrire ton blaze
au mouvement littéraire
qui est au programme
du bac
(des fois
qu’un prof
fasse lire
ton livre
…)


Bêtes à tête


ton cerveau est un escargot

un peu cochon
il fait l’amour
comme un lapin
mais à ses rêves

un jour
c’est une
poisson
coincé
dans son
bocal

l’autre
une vraie
poule aux
œufs d’or

ces jours-là prends en soin
il se pourrait qu’il accélère un peu
ne te laisse surtout pas
distancer par
ton limaçon

avec un peu de chance
tu te retrouveras
tête à l’envers
moustaches en l’air
le groin
au ciel

***

(livre d’artistes leporello réalisé avec Colette Reydet à l’exposition Autour du livre d’artistes, mairie de Rives, visible encore aujourd’hui de 10h à 18h)


Aujourd’hui, j’ai légendé un nouveau dessin d’Eric Demelis


T’es triste
dans ton âme boy ?

as-tu trouvé ta place
dans la partie de Tetris
des embou-
teillages
ce matin ?

je veux dire tu
préfèrerais t’insérer
dans le flux infini
ici ou plutôt là ?

file de
gauche
ou de
droite ?

si tu atteins la bonne case de la ligne d’horizon
celle-ci disparaît-elle en allumant son clignotant ?

oh t’y
penses
au pied
des bâtiments
qui s’amoncellent
ou tu
bloques
la route ?



– Papa ! Pourquoi la maison elle fait du bruit là ?
– Ah ! C’est parce qu’elle a une climatisation…
– Papa ! Qu’est-que c’est une lim… une mil… une limaclitavion ?
– Une cli-ma-ti-sa-tion, c’est une machine qui fait du froid dedans et beaucoup de bruit dehors. Enfin c’est bizarre quoi…
– Du froid dedans ? Beaucoup de bruit doyors ? Bizarre ?
Papa ! C’est bizarre le garage là-bas, est noir à le mur blanc !
Papa ! C’est bizarre le bateau à le jardin là-bas, y’a pas la mer !
Papa ! C’est bizarre le banc où on est, ça sent mauvais les poubelles !
Papa ! C’est bizarre le parking, où elles sont les voitures ?
Papa ! C’est bizarre le ciel, est gris, est pas bleu !
Papa ! Papa ! Paaaaapa ! C’est bizarre…

(dialogues philosophiques avec un gentil p’tit démon)


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