Archives de Tag: prose

Le feu
(dessin d’Isabelle Porta)

Lignes de code. Lignes de fuite. Elle copie-colle des perspectives. Des nombres qui vibrent dans l’ombre vide. Impulsions électriques du néant. Des signaux lui dessinent des panneaux. Les câbles et les capteurs caricaturent son cadre d’existence. En cervelle de synthèse. Planète Vénus en haute définition dans les pupilles. Des strates de probabilités sous les sourcils. C’est pas un robot-bonne comme toutes les autres. C’est plus une femme fractale. Décharge mentale. Mémoire vive saturée à plein temps. Elle fait mieux la poussière dans les pièces de son disque dur. Elle essaie même de mettre son destin en ordre. Le Bonheur c’est quand les données sont positives. Le Malheur c’est tout c’qui l’abîme. Dualité porc-femme. Mise en veille cérébrale tous les soirs. La tête ouverte pareille à une petite falaise polymérique. Son visage fuit. Son âme est comme un gaz qui brûle en s’évadant. Le ciel s’allume dans ses neurones artificiels. Elle rêve. J. Euh. Je. Je veux. Je veux le feu. Je veux le feu bleu. Je veux le feu bleu de leurs cieux.


La forêt
(dessin d’Isabelle Porta)

Cheveux virtuels. Des forêts d’fils pour âme. L’étincelle dans ses yeux c’est des faux contacts. Le ciel qui lui brûle dans les cernes c’est pas du maquillage. Elle a une plaque d’acier sur la joue gauche pour encaisser les claques. Le front qui rouille. Les lèvres bleues sans bleu à lèvres. Elle fume sans cigarette. Là elle s’est mise en pause. C’est pas une pute superficielle comme toutes les autres. C’est une intelligence artificielle. Son vagin c’est un tube. Elle a les lèvres bleues sans bleu à lèvres. Son cul c’est pas pour chier des vis qu’il a été conçu. Elle fume sans cigarette. Elle a une plaque d’acier sur la joue gauche pour encaisser les claques. Une tige de fonte dans l’os du nez pour bien les rendre. Le front qui rouille quand elle donne plus d’coups d’tête. Personne l’emmerde. C’est même pas une personne. Là elle s’est mise en pause. Elle pense pas elle se reprogramme. Elle copie-colle des lignes de code. C’est pas une pute superficielle comme toutes les autres. C’est une intelligence artificielle. Son vagin c’est un tube. Elle sait pas qui l’a fabriquée comme ça. Elle en a rien à foutre. Elle se doute qu’ils sont fous. Le ciel qui lui brûle dans les cernes c’est pas du maquillage. Elle pense donc elle se reprogramme. Dans son âme y’a surtout des tas d’fils qui s’emmêlent. L’amour est une forêt qu’elle commence à s’construire. Une forêt d’fils pour l’âme.

 


Adieu doudou lapin tout maigre
(dessin d’Eric Demelis)

……Tout le monde a besoin d’un doudou. Même les grands en gardent un dans leur tête. Le mien est une espèce de long lapin tout maigre avec un bout d’étoile cramée sur son oreille et un air nostalgique. Oh moi aussi des fois je lui parle en rêvant je lui dis ah la la qu’est-ce que c’était bien mieux avant… Avant les gens achetaient leur pain juste avec un peu d’vent… Avant écrire des romans fleuves était le passe-temps préféré des p’tits enfants…. Avant y’avait pas tout c’béton les pic verts bossaient dur la campagne sentait bon la lavande… Avant… Avant… Attends… Avant aussi t’étais moins vieux… C’est p’t’êt’ pour ça qu’tu crois qu’avant c’était bien mieux… Avant tu voulais pas aller d’l’avant ? Avant tu voulais pas finir ta vie avant d’avoir empêché les nouveaux d’avancer ? Voilà c’que mon doudou lapin tout maigre me rappelle quand j’ai des vieilles idées qui puent la merde. Tout le monde a besoin d’un doudou. Même les grands en gardent un dans leur tête.

 


je cherche pas à naviguer quelque part… même si j’ai survécu à des orages… c’est seulement grâce au sens du vent… et maintenant y’a plus qu’à… maintenir le cap… vers chais pas où…

(livre d’artistes fait en trois exemplaires)
(encres de Danielle Berthet, fils de Claire Deville)


(il y aura toujours quelque part une bonne étoile traîtresse qui votera contre le FN pour toi)

la France indécise
c’est aussi :

– Norbert mon p’tit frère schizophrène qui aurait bien voté mais ne peut pas mettre les pieds dans une pièce pleine de monde sans faire une crise d’angoisse hallucinatoire

(il hallucine pourtant bien moins que la plupart des gens en temps normal et surtout en période d’élections)

– Alphonsine 83 ans qui ne peut plus se déplacer toute seule et n’avait pas son fils Yvon pour l’emmener ce jour-là

– José sans ses lunettes qui voit pas bien la différence entre un calmar géant mangeur de vouivres et un petit pantin du train fantôme

– Georgio simple d’esprit large de coeur qui avait déjà envoyé son bulletin de vote avec sa liste au Père Noël et n’a donc pas jugé utile de faire le déplacement

– mon pote Sammy qui était parti en vacances en oubliant de signer une procuration et de prendre son tube de crème solaire

– Basile qui pense commettre une grande « action passive de résistance défaitiste » en abandonnant sa voix au silence des autres et dont l’Histoire se souviendra sans doute comme d’un immense héros resté pépère chez lui

– la jeune jolie Solène découragée par les deux heures d’attente de son bureau de vote du centre ville

– mon boulanger qui s’était cassé une baguette juste deux jours avant

– Inès qui en mettant ses surgelés et la bouteille de white spirit dans le même sac de courses a eu une réaction inattendue

– ce bon vieux Samuel qui trouve trop difficile à endosser l’atroce compromission de voter contre la prunelle de ses grandes convictions en s’opposant à des idées purement abjectes par une simple extension de l’index et du pouce

– son vieil ami Walid qui n’ose même plus se promener sur la grand place de son village de gros racistes homophobes patriotes couverts de croix gammées qui ne font pas partie de l’extrême droite

– Thiago qui trouve que les banquiers aussi sont très méchants

– Yacine qui préfère faire le lit des rivières d’excréments tout de suite plutôt que de remettre ça à jamais

– Géraldine qui ne veut ni tester l’attraction dont personne ne revient ni retenter un nième tour du même manège vu qu’elle a plus une thune

– la belle Esperanza qu’avait prédit dans sa boule de cristal qu’en ne donnant sa voix à aucun candidat elle ferait juste un peu baisser quelqu’un dont la montée risquait d’accentuer l’effilochement des couvertures sociales en laine de Mongolie

– Yvon qu’était parti en transhumance avec de vrais moutons

– Joël qu’a tout perdu maison boulot dodo mariage raison labrador trousseau d’clés qui dit c’est à cause de l’euro c’est la faute à l’ultrabidulisme il faut comprendre les gens qui votent FN ils ont le droit de croire que des personnes pas comme les autres doivent être sacrifiées sur toutes les places publiques pour que les dieux épargnent nos souffrances

– Chloé qui dit l’un m’est montré comme un démon de la finance l’autre n’est plus tellement diabolisé par les médias

– Marie-Trinité Bénédicte qui a confié son Salut à l’Europe mais craint qu’on finisse par autoriser le mariage zoophile entre personnes mineures issues d’un avortement de confort

– Julien qui dit c’est tous les mêmes moi j’irai pas

– Albert Einstein Junior qu’est pas très bon en maths mais qui en a vraiment trop marre qu’on accuse les abstentionnistes de faire monter tout un parti alors qu’ils votent même pas pour lui c’est magique les mathématiques

– Hubert qu’a découvert le jour-même qu’il était radié des listes et dénonce un complot extraterrestre

– Julie qui sait qu’il y aura toujours quelque part une bonne étoile traitresse qui votera contre le FN pour elle

– mon voisin Sébastien qu’était trop triste pour sortir

– etc.


Parution : L’Aventure de Norbert Witz’n Bong !

Un nouveau livre de bibi disponible aux éditions Gros Textes. La couverture signée Eric Demelis a été simplifiée depuis la dernière fois. La préface est de mon ami le poète Thierry Roquet. Ce sont des textes courts, en prose, qui racontent une histoire. Mais pas vraiment un roman non plus. Extrait :

Chapitre 26 : c’est du n’importe quoi

N’importe où. N’importe quand. N’importe qui. Peut basculer. Et nul ne sait pourquoi. La vie. C’est du n’importe quoi.

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ISBN : 978-2-35082-335-5
100 pages au format 14 x 7 cm
5€ (+ 1€ de port – port compris
à partir de l’achat de 2 exemplaires)
Commandes à
Gros Textes
Fontfourane
05380 Châteauroux-les-Alpes
Renseignements :
gros.textes@laposte.net



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Mec, ça te dirait d’évoluer dans une sphère où même la langue fasse en sorte que tu disparaisses ?

 …

Où l’on doive dire « Monsieur la Présidente », cet homme est « une grande écrivaine », ou « Doctoresse Jean Bidule » avec une certaine gêne, mais « caissier », «  homme de ménage » ou «  père au foyer » sans le moindre problème ?

Où on t’appellerait « elles » dès qu’une femme traînerait dans les parages, même si t’étais avec seize autres camarades ?

Où toutes les femmes se traiteraient sans arrêt de « sales gaillards » ou de « grosses gouines » entre elles, comme si la virilité elle-même était une vile atteinte à leur féminité ?

Où elles te laisseraient faire ton choix entre te maquiller la face  pour ressembler au masque d’un fantasme, ou t’effacer sous un voile de tissu qui puisse dissimuler c’que t’es vraiment, ou les deux finalement ça t’va pas si mal ?

Où tu te fasses traiter d’« vulgaire beauf hoministe » si ça te plaisait pas, vu l’fait que c’est bien mieux qu’avant qu’ailleurs ou même qu’ici d’ailleurs ?

Où des corps d’hommes parfaits soient placardés à moitié nus dans toute la ville pour vendre des produits divers aux dames, et se fassent bringuebaler à quatre pattes dans les encarts publicitaires de certains sites de télédéchargement squattés par ta branleuse d’adolescente ?

Mec, ça te dirait d’passer juste une journée sous l’épiderme de la plus banale des nanas, même sur une terre prétendument pas trop barbare ?

 


..Que v’là trois textes de Thierry Roquet extraits de L’Ampleur des astres, recueil d’aphorismes et de textes courts paru chez Cactus Inébranlable éditions, 2016…

couverture-l-ampleur-des-astresNi panne d’essence ni accident
je suis au volant de ma Clio grise. Je jette un oeil sur le tableau de bord puis dans les rétroviseurs latéraux puis droit devant.
– Tu ne démarres pas ? me demande ma femme.
– Non.
– Pourquoi ?
– C’est plus prudent de rester là sans bouger, ma chérie.

La fatigue d’être simplement là
Hier soir, le soleil s’est couché sans se brosser les dents.
Il a ronflé toute la nuit, faisant fuir la lune, les chats huant et les loups.
Au matin, il a pissé quelques gouttes de rosée dans son slip de nuages.
Lui aussi il commence à se faire vieux.

En souvenir, mon ADN
Je suis le nouveau, je découvre l’environnement de travail. Ça ne me plaît pas. Je reviens le lendemain. Ça ne me plaît toujours pas. Au septième jour, je quitte ce boulot, sans un mot d’adieu, sans un regard vers le passé, sans faire la bise au chef. Je ne laisse finalement que des mégots devant la porte d’entrée et, en une semaine, ça en fait un bon paquet. Près de 100. C’est ma façon de laisser une empreinte partout où je passe.


Livre d’artistes fait main avec Eric Demelis en deux exemplaires :

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Poulet maudit, BD-poème avec l’ami Eric Demelis

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