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Le feu
(dessin d’Isabelle Porta)

Lignes de code. Lignes de fuite. Elle copie-colle des perspectives. Des nombres qui vibrent dans l’ombre vide. Impulsions électriques du néant. Des signaux lui dessinent des panneaux. Les câbles et les capteurs caricaturent son cadre d’existence. En cervelle de synthèse. Planète Vénus en haute définition dans les pupilles. Des strates de probabilités sous les sourcils. C’est pas un robot-bonne comme toutes les autres. C’est plus une femme fractale. Décharge mentale. Mémoire vive saturée à plein temps. Elle fait mieux la poussière dans les pièces de son disque dur. Elle essaie même de mettre son destin en ordre. Le Bonheur c’est quand les données sont positives. Le Malheur c’est tout c’qui l’abîme. Dualité porc-femme. Mise en veille cérébrale tous les soirs. La tête ouverte pareille à une petite falaise polymérique. Son visage fuit. Son âme est comme un gaz qui brûle en s’évadant. Le ciel s’allume dans ses neurones artificiels. Elle rêve. J. Euh. Je. Je veux. Je veux le feu. Je veux le feu bleu. Je veux le feu bleu de leurs cieux.


Robot

Il était un robot Capable de parler Chinois, français, anglais Espagnol et igbo, De composer en toute langue D'extraordinaires harangues Sans jamais prendre un air barbeau : Il connaissait les temps verbaux, Toutes les règles de syntaxe, Et de son naturel prolixe, Analysait, dans son labo, Toutes nos interrogations En faisant des permutations, Puis émettait des placebos... Il avait un secret pied-bot : Intelligent en apparence, Il n'accédait jamais au sens Des octets connectés aux mots Qu'il employait, assez relax. Ce n'était donc qu'un philodoxe Qui se dépatouillait, un quiproquo. Or, un beau jour, notre robot S'éprit d'amour pour une humaine Pendant au moins une semaine : Il s'agissait d'une bimbo Avec, à la place du cœur, Un charmant microprocesseur. Et le robot Eut beau parler Chinois, français, anglais Espagnol et igbo D'amour et d'eau fraîche De petit Jésus dans la crèche Et mettre le turbo ##### Quitte à en faire beaucoup trop Pour décrocher la lune, Prétendant préférer les brunes – Ou bien vantant les bonobos *De son amour la cristallisation * #### Et la récente stabilisation De son nouveau boulot Lui dire cent fois « je t'aime » En morse, binaire, hexadécimal Et dans tous les langages Singeant un vain marivaudage Ou bien paraphrasant Stendhal Faire des spéculations (il n'était plus lui-même !) ##### Sur ses fiches de salaires Ou sur l'évolution Du prix de la baby-sitter Et à cours d'enthymèmes lui composer des odes Qui plussent à Shéhérazade Ce n'était qu'un robot ! Il eut souvent des bugs ####, Et fit de nombreux tags, Avec un gros bobo Au fond du processeur : Il n'y avait rien à faire, Elle n'avait pas de cœur, Et zut ! Il n'était pas très beau. Et donc, notre pauvre robot, Qui n'accéda jamais au sens, Connut au moins l'amour et la souffrance, Le chinois et l'igbo, En plus de l’hexadécimal, Ce qui n'est quand-même pas mal, Remarquons-le, pour un robot.

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