Archives de Tag: sens

un livre d’artistes tout à l’encre de Chine, avec Françoise Giraud


3c1144b497d50792fb37a8f5a82d53e5Le plus beau poème du monde

ah ça il a au moins les vers
il a même des pieds
il va vers un sens mais de traviole
il dit des mots
qui riment pas à grand chose
en répétant des sons
il nous fait quand même nous interroger
sur les mystères de la vie
très novateur ce petit poème non ?
il a cinq dents et c’est mon fils


Poésie assistance 24/24

 (veuillez renouveler votre lecture ultérieurement)

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ce poème vous sera facturé
seize secondes de temps libre
pour toute question
sur le sens de votre vie
tapez 1
pour un bref aperçu
de l’avenir de notre monde
tapez 2
si vous souhaitez seulement
parler à un être humain
tapez bip
nous sommes désolés
en raison du trop grand nombre d’usagers de la Terre
nous ne pouvons donner suite à votre demande


Révélation

Révélation Time-Square-Parade

photo : Time Square Parade, Alexanderchen

des MARques lumiNEUses absurdes       	et des     NUEES de sens MARtèlent    des vérités publicitaires au-dessus des aveNUES je MARche dans la foule et je N’Y comprends rien

C’est quand même bien l’amour

comme si j'avais enfin réuni les moitiés d'un symbole ancestral et compris tout à coup le sens de ce puzzle (sauf que je suis moi-même une des parties brisées que tu es l'autre et que tu n'as plus besoin de rien d'autre que d'être une avec moi) rien n'a plus d'importance la corne d'abondance ou la boîte de Pandore mon amour je t'adore


Radio-monde

sur le buffet de ma cuisine une vieille radio joue des chansons du monde les mélodies n'ont pas de sens mais il y en a des tristes il y en a des joyeuses qui peut dire : « c'est pas juste » ? il y a toujours une harmonie les accords des montagnes et les refrains du monde les aigus et les graves du bonheur et des maux

La vie est un songe

Je ne peux pas nier l'existence du vide Quoique par son essence il ne puisse exister Le monde est plein de vie L'atome est fait de petits riens Le monde est plein d’un vide – Sans lequel il n’y aurait rien de Ce monde où nous évoluons – Qui donne une assez grande Liberté à d’infimes grains Avant l’heure de ma mort quotidienne Dans mon esprit vidé de toute idée Naissent des contrées hawaïennes Qui n’ont pas d’autre sens en vérité Que de jouer sur ma libido Nous voici dans un magnifique jardin A double tranchant Où poussent des arbres de vie sur des fleuves de sang Et c’est là – en plein cœur je suis là tu es là Tout ça n’a pas vraiment de sens Qui a créé tout ça ? Pourquoi ? Qu’importe d’être là c’est déjà une chance

Robot

Il était un robot Capable de parler Chinois, français, anglais Espagnol et igbo, De composer en toute langue D'extraordinaires harangues Sans jamais prendre un air barbeau : Il connaissait les temps verbaux, Toutes les règles de syntaxe, Et de son naturel prolixe, Analysait, dans son labo, Toutes nos interrogations En faisant des permutations, Puis émettait des placebos... Il avait un secret pied-bot : Intelligent en apparence, Il n'accédait jamais au sens Des octets connectés aux mots Qu'il employait, assez relax. Ce n'était donc qu'un philodoxe Qui se dépatouillait, un quiproquo. Or, un beau jour, notre robot S'éprit d'amour pour une humaine Pendant au moins une semaine : Il s'agissait d'une bimbo Avec, à la place du cœur, Un charmant microprocesseur. Et le robot Eut beau parler Chinois, français, anglais Espagnol et igbo D'amour et d'eau fraîche De petit Jésus dans la crèche Et mettre le turbo ##### Quitte à en faire beaucoup trop Pour décrocher la lune, Prétendant préférer les brunes – Ou bien vantant les bonobos *De son amour la cristallisation * #### Et la récente stabilisation De son nouveau boulot Lui dire cent fois « je t'aime » En morse, binaire, hexadécimal Et dans tous les langages Singeant un vain marivaudage Ou bien paraphrasant Stendhal Faire des spéculations (il n'était plus lui-même !) ##### Sur ses fiches de salaires Ou sur l'évolution Du prix de la baby-sitter Et à cours d'enthymèmes lui composer des odes Qui plussent à Shéhérazade Ce n'était qu'un robot ! Il eut souvent des bugs ####, Et fit de nombreux tags, Avec un gros bobo Au fond du processeur : Il n'y avait rien à faire, Elle n'avait pas de cœur, Et zut ! Il n'était pas très beau. Et donc, notre pauvre robot, Qui n'accéda jamais au sens, Connut au moins l'amour et la souffrance, Le chinois et l'igbo, En plus de l’hexadécimal, Ce qui n'est quand-même pas mal, Remarquons-le, pour un robot.

Tu priais dans ce temple…


Photo : Knips

Tu priais dans ce temp le des consommateurs, Espérant que ton comp te ne serait pas vide, Au milieu des statues qui de leur air livide Arboraient le tutu qui te tenait à cœur. Un clochard attendait, assis près de la porte, L’œil morne, que l'on sor te, pour la charité ; Nous ne vîmes que l'art d'une publicité Moderne : il ignorait que nous réglions par carte. Un autre proposa d'improviser des vers : Je n'ai pas de monnaie, n'y comprends pas grand chose, Et il s'énerve après mes excuses bourgeoises. De fait, je connaissais le sens de l'univers. Je n'eus plus rien à faire que d'aller à la Fnac Composer un sonnet en avalant un snack.

La mystérieuse étymologie du caractère biang

Tenez, prenons le caractère le plus complexe de la langue chinoise : biang. Il faut une seule syllabe pour le prononcer, mais cinquante sept traits pour tracer les neuf clés qui le composent, à savoir : Tout à gauche, l'homme qui court ; Puis, à côté, en haut, le trou, en bas, le cœur, à gauche, la chair, à droite, le couteau ; Enfin, au centre, un petit mot, tout petit, au dessus d'un cheval à la longue longue... Agonie ? Et tout cela en un seul son ! N'est-ce pas merveilleux ? Espérant retrouver l'ordre secret de ces symboles, on croirait entrouvrir la porte de tous les mystères, deviner les tragédies mythiques... … La lente et longue agonie Du cheval assassiné, Exhalant à peine encore Une plainte à peine audible – Un poignard ayant creusé Au plus profond de sa chair, Une large plaie béante : Ayant foré son pauvre cœur, Voyez le lâche bourreau qui s’enfuit... Dire qu'il y aurait encore mille milliards de manières de le lire... Eh bien, nous croyons que l'objet le plus insignifiant de ce monde est lui-même habité par une semblable densité de signification ! Mais laissons de côté ces divagations, car voici la véritable origine, le véritable sens de notre mystérieux caractère : en réalité, ce sont des commerçants qui l'ont de toutes pièces inventé – pour désigner une moderne variété de nouilles.

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