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(bédépoème : texte bibi, dessins Eric Demelis)

 


Les Trente trentenaires au monde merveilleux des lutins

Voici le soir des trente trentenaires :
Ils se sont réunis non loin d’Hostun
Et son « Monde merveilleux des lutins »,
Dans la maison d’enfance séculaire
De l’un d’entre eux, pour les trente bougies
De l’ami d’une amie de mon amie.

Ce sont d’anciens ados un peu has been ;
Ils ont déjà soufflé, vraiment, au moins
Trente pétards – c’est la manie du coin -,
Et ont passablement mauvaise mine :
Les coiffures rasta d’adolescents
Contrastent avec les récents cheveux blancs ;

Ils se connaissent tous depuis l’école,
Dont ils ont conservé pulls à capuche,
Blousons en cuir noirs et pantalons larges,
Ainsi qu’un parler résolument cool,
Pour accueillir de quelconques lurons
En les faisant passer pour des héros.

Tout semble cependant un peu éteint :
Un couple a amené son jeune enfant,
Les fumeurs sortent ; et il pleut doucement
Sur les clans qui se forment au jardin ;
Les yeux hagards fixent un feu de bois
Où se trémoussent les joies d’autrefois.

Dedans, c’est un défilé monotone :
On entre à la recherche d’aliments,
On s’en roule un bien à l’abri du vent,
Puis on rejoint son groupe de personnes.
Il ne se passe rien de très osé :
C’est, paraît-il, une ambiance « posée » ;

L’un d’entre eux risque même un trait d’humour
En enfourchant un vieux tricycle rouge :
Tout le monde sourit, aucun ne bouge ;
Après quelques braves aller-retours,
Le jeune homme, ayant gagné du crédit,
Met fin à l’hilarante comédie.

On coupe alors le son. Dans les murmures
Arrivent les gâteaux d’anniversaire.
Il faut chanter en cœur en ayant l’air
Joyeux. Le trentenaire est immature :
Il commence à se sentir un peu nase.
Lentement, un vague rêve s’écrase.

On sent planer dans l’air des tragédies
Dissimulées, des drames effacés.
C’est le soir où les enfants rois trépassent.
Aux notes d’un piano désaccordé,
L’un des rastas, enfin, bat le tambour :
Je vais pouvoir jouer de la guitare.

Que vienne mon trentième anniversaire,
Je soufflerai comme un gosse les bougies,
Sous le jeune œil de l’ami d’une amie,
Avec de récents cheveux blancs, tout noir :
Me voici, plus tard, comme eux, au studio
D’un ami d’enfance, faisant l’idiot.

***

Illustrations inspirées du jeu vidéo The Legend of Zelda, trouvées sur ce site.


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