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Bon, il y a beaucoup de passages du Guide de la poésie galactique, paru chez Gros textes en 2017, que j’aurais aimé reproduire ici : celui où l’immortel poète Sammy Sapin se réveille de quelques siècles de cryogénisation dans une époque où personne ne se souvient malheureusement de lui ; celui où il précise qu’il n’est pas pédéraste avant de se lancer dans un superbe blason masculin du postérieur de son coéquipier spatial ; celui où il décrit minutieusement ses ébats sexuels avec une femelle-extraterrestre-poulpe ; celui où des limaces passionnées de poésie le confondent avec Charles Bukowski ; celui… mais pour ne pas révéler des extraits clés de l’intrigue, je vous laisse juste avec ce joli morceau de poésie interstellaire :

Ai moins froid.

Nettement moins froid.

Suis sorti du hangar et me retrouve
sur le pont d’un navire
qu’il faudrait appeler :
vaisseau spatial.
Préfère appeler ça un navire quand même : ça me rappelle
le temps où ma femme et moi
faisions du voilier
dans le golfe du Morbihan. La bonne époque.

Fais quelques pas sur le pont, et là,
au-dessus de moi,
à travers les baies vitrées
taillées en mosaïques
pareilles aux mille facettes
des yeux d’une mouche,
aperçois
un spectacle sans égal
l’univers
l’univers qui est une mer
ivre, noire, démontée,
bouillonnant d’atomes,
soupe
épileptique et primordiale
dans laquelle
des navires immenses, sphériques,
semblables à des zeppelins tuméfiés
et d’autres plats comme des murènes
et d’autres comme des dés
et d’autres comme des fleurs absolument
sans pétales
brillent
puis disparaissent,
dans laquelle
un trou noir
gigantesque, avide,
se contracte et palpite
et engloutit
la matière
environnante,
dans laquelle
une comète
déchire le néant, furieuse, vibrante,
perçant sa route solitaire
à travers les galaxies,
dans laquelle
une géante rouge cannibalise une planète ridée,
grise, pâle comme une momie,
l’entoure
de ses bras de flamme, l’attire à elle,
la tracte dans le four
de sa matrice irradiée, l’englue
de sa bave placentaire écarlate, la décompose,
la broie, la dévore – on croit
presque entendre
des cris moribonds, des souffles haletants,
une
prière sans espoir –
dans laquelle
des communautés d’étoiles clignotent,
peut-être pour mourir
peut-être pour naître,
dans laquelle
le ciel
n’est pas le ciel inerte de la Terre,
le pauvre ciel inhabité
des anciens hommes,
mais une chose nouvelle, étrangère, féconde et jeune
d’une jeunesse sans âme, violente,
insatiable.

Me frotte les yeux.
Pense : C’est pas tout ça,
la vue vaut le détour,
mais après toutes ces émotions,
faut vraiment que je me boive
un petit whisky.
Et du bon.
De l’écossais. Lagavulin, si possible.

Sammy Sapin


Station essence

Dans la nuit sidérale En pleine zone industrielle Comme un soleil Où s’agglutinent les vaisseaux spatiaux Une station essence brille Des humains te regardent à l’abri de leurs vaisseaux de fer Dont les vrombissements sonnent une menace pour l'homme Et leurs lèvres s’agitent au-delà des vitres de verre Ils attendent leur tour et disparaissent dans l’espace C'est comme s'il n'y avait plus rien, au-delà Le monde entier s'est effondré dans un néant de files d'étoiles filantes blanches et rouges et de trous noirs qui brondissent Au loin, dans l'éclat aveuglant de la station service Toi, tu es au cœur d’un différend entre une machine à carte et une dame ancienne Venue tout droit d’une autre époque Il y a un sac plastique Qui pourchasse une bouteille vide Tu as l’impression d’être sur un satellite de Mars Et la station spatiale clinquante S'emporte dans la ronde des détritus de la ceinture d'astéroïdes Pourtant, il reste encore un soupçon d’humanité Dans la voix féminine de l’automate Et l’odeur de pétrole qui te monte à la tête Soudain te donne envie de l’embrasser Quelque chose semble sur le point de se produire Sans le savoir Tu es en train de vivre un grand changement Après avoir refait le plein de carburant Tu regagnes l'enceinte d'un engin de métal Et quittes dans un vrombissement de plus Cette étrange station essence

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