Archives de Tag: voiture

– Papa ?
– Quoi ?
– Z’ai une blague !
– C’est vrai ? Vas-y, raconte !
– Y’a un grand parking, très très haut, avec une massine qui monte les voitures zusque sur le toit, on rentre par là tu vois, vrrrrroum ! vrrrroum ! Et là une grosse pince elle attrape la voiture et elle la met à sa place ! T’as compris Papa ?
– Euh… Oui… et … ?
– Eh ben dans ce parking, tu sais, on peut même mettre des vélos ! Ha ! Ha ! Ha !
– … Ha ! Ha ! Ben dis donc ! Elle est bien ta blague !
– Oui hein ! Ha ! Ha ! Ha ! T’as vu ?!
– …

(dialogues philosophiques avec un gentil p’tit démon)


– Dis donc bonhomme, si tu nous chantais une chanson que tu as apprise à l’école, plutôt que de hurler dans la voiture jusqu’à ce que papa balance toute la famille dans le plus magnifique marécage de Camargue ? Parce qu’il est un peu fatigué par le manque de sommeil papa et…

tape des pieds !
tape des mains !
claque des doigts !
le soleil !
il est rond !
et les petits petons !
l’aime beaucoup les omelettes !
et la pluie c’est mouillé !
et la petite souris !
elle fait de la confiture de voiture !
et le chat il lèche !
la voiture de confiture !
et Sidonie !
la mouche à miel !
elle joue de la guitare !
dans le ciel !

– Euh… Bravo ! … C’est super joli ! Mais… tu es sûr que tu as appris cette chanson à l’école ?
– Ben oui ! L’ai appris à l’école moi !
– Est-ce que tu peux nous la chanter une deuxième…

tape des pieds !
tape des mains !
claque des doigts !
le soleil !
il est rond !
et les petits petons !
l’aime beaucoup les omelettes !
et la pluie c’est mouillé !
et la petite souris !
elle fait de la confiture de voiture !
et le chat il lèche !
la voiture de confiture !
et Sidonie !
la mouche à miel !
elle joue de la guitare !
dans le ciel !

– Waouh ! bravo ! Encore ! Encore !!

tape des pieds !
tape…

(dialogues philosophiques avec un gentil p’tit démon)

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On peut encore écrire des poèmes sur les arbres sans avoir l’air con

Où prend-donc fin ce que désigne le mot arbre ? Dans ses racines qui s'enfoncent dans la terre ? Ou dans ses branches comme plantées dans l'atmosphère ? Les arbres poussent, les arbres meurent Au rythme de la Terre qui tourne Des immeubles s'élèvent et tombent Des gens y font l'amour et meurent Pareils au moteur à pistons De ma voiture qui tourne en brûlant les corps morts Des anciens végétaux C'est con, ils avaient mis pas mal de temps A consommer ce CO2 pour le changer en oxygène C'est un sacré boulot qui s'envole en fumée Tant de pages déchirées qui volent dans le vent Leurs descendants sont morts pour que je ne puisse même pas écrire ceci sur le papier d'un livre Leurs descendants sont morts pour qu'on lise l'Equipe (ou Elle) Leurs descendants sont morts pour qu'on se torche le cul avec Consolons nous : au moins leurs squelettes calcaires Contenus dans les murs de cet appartement Font un cocon confortable, quoiqu'un peu concon Les arbres poussent, les arbres meurent On a mis un sacré bordel, ici-bas Pareils aux pistons du moteur De la tronçonneuse qui les abat Je fais toujours la même conclusion Mais quand on fait l'amour je n'y pense même pas On peut encore écrire des poèmes sur les arbres Sans avoir l'air con

Nous glissons, loin du temps

Nous glissons loin du temps de l'espace Sans échanger une parole Car nous portons en nous Le lourd passé de nos aïeux En fumée il s'envole dans le rétroviseur Comme le monde est silencieux calme et inoffensif Quand on est enfermé dans sa voiture Nous respirons un air plus chaud qu'à l'extérieur Le regard fixe hébétés et pensifs Nous n'entendons qu'à peine le bruit du moteur A travers des décors grandioses des reliefs magnifiques refoulés qui défilent En fond d'écran de zone industrielle Que nos chansons préférées transfigurent Dans cette fin d'après-midi rose et lumineuse Quels taggeurs ont donné à quels noms Les formes arrondies, extravagantes Qui passent au dessous de brefs ponts Ou stagnent près de vieilles usines branlantes ? Quand nous croisons parfois l'indifférent profil Au delà des cloisons de métal D'un autre couple d'êtres humains Que nous doublons sur l'autre file Ce sont d'autres humains des personnes réelles Mais dans quelle dimension, dans quel monde parallèle ?


A quoi ça sert ?

A quoi ça sert, la subordination ? de lire des livres trop anciens ? qu’on se pose des questions ? L’essentiel est d’avoir de l’argent Pour le frigo et la voiture : Voilà ce que disent les gens A leurs enfants sur le bonheur. Un jour, tu seras, mon petit, Un travailleur, un employé, Un fonctionnaire, quelqu’un d’utile Et de plus ou moins bien payé : Rassure-toi, toi aussi, tu serviras A des tâches utiles, et ta fierté Te viendra du bonheur que ton emploi, Ta fonction, ton travail, offrent à la société – Mais ne t’apporteront sans doute pas à toi ! Qui, passant l’essentiel de ta vie au travail, Lassé de ton emploi, de ta fonction, d’être un outil, Rencontreras parfois les vraies questions qui nous travaillent Dans nos rares moments de temps libre, Rechercheras peut-être dans les pages d’un vieux livre Les mystérieuses origines de ces interrogations Malheureusement sans succès : puisqu’au sein des sinueux méandres Du livre, de ta vie (du livre de ta vie), trop de subordinations Sur la clé du bonheur se seront installées pour que tu puisses comprendre.

Promenade d’automne en compagnie de Simone

 Forêt de la Pierre Champ Bertin,  1er novembre 2010  

Au loin brûle l’automne,
Dans sa robe de feu et de sang : 
Mais comment la forêt 
Reste-t-elle si belle 
         au départ du printemps ? 

Bon, en voiture, Simone ! 
Aujourd’hui nous irons 
       polluer dans les bois ! 
A nous champignons et châtaignes, 
Les trésors de l’automne, 
                Et sa robe dorée ! 

Orné de feuilles d’or 
Est d’abord le chemin de l’orée : 
Mais comment la forêt 
Reste-t-elle si belle 
       dans sa robe éplorée ? 

Et doucement, 
    le vert printemps 
             se fait la belle, 

Tandis qu’au cœur 
           s’élève la pierre 

Où nous venions jadis grimper, 
Faux cœur de la forêt couvert de lierre ! 

Mais comment la forêt 
Reste-t-elle si belle 
      dans sa robe de sang ? 

Nous pénétrons enfin, Simone 
Dans le lieu oublié du printemps, 
Au cœur brûlé de la forêt d’automne… 

Les amours du printemps 
Ont fait brûler son cœur, 
Sa robe est à feu et à sang : 
Mais comment la forêt 
Reste-t-elle si belle 
      quand elle meurt ? 

Je n’ai pu retrouver 
qu’une vieille cartouche… 
Ils ont tout ramassé, les passants ! 
Les châtaignes des bogues, 
Et les mycoses naissantes !
 
Au loin on entend des abois :
Les chasseurs ont lâchés leurs dogues ; 
Pour nous, nous avons bien pollué dans les bois ; 
Mais comment la forêt 
Reste-t-elle si belle 
    au départ du printemps ? 

On s’en souviendra de l’automne, 
Sa robe de feu et de sang, 
Les amours du printemps ! 
Bon, en voiture, Simone, 
        on reviendra dans un an ! 

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