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Courage et témérité

Courage et témérité Forcepoème dédié à ceux qui sont vraiment courageux

(quelqu’un est censé se reconnaître)

n’oublie jamais fils un homme un vrai homme averti en vaut deux

Space love

(Nu dans les ondes – Matisse)

C'est un magma confus Une dualité du vide La répulsion est un bon début Enfin : des corps gravitent Il y a du bon (et du mauvais) Des signaux agréables ou acerbes Et tout cela est beau Nous avons des yeux et le verbe Au télescope au microscope Tout ça ressemble à notre esprit Nous serions aussi myopes Que la taupe et nous paierions le prix

Avec des sy

Si ce qui est vrai est bien réel Si ce qui est réel est bien manifeste Si ce qui est manifeste est bien apparent Si ce qui est apparent est bien trompeur Si ce qui est trompeur est bien faux Et si ce qui est faux est bien irréel Alors ce qui est vrai est faux Et ce qui est réel ne l'est pas Avec des sy nonymes On pourrait changer le monde en bouteille Puisque notre monde est la Terre Et que la Terre est une sphère Puisqu'une sphère est une grosse bulle Que les bulles ont parfois la forme des ampoules Qui elles-mêmes sont semblables à une fiole Et qu'un fiole est bien un type de bouteille Voilà, c'est fait ! Le monde en bouteille Qui jamais ne se vide Un chat n'est pas un chat Avec des puiss ances latentes Un chat est un minet Un minet, un amant Et un amant, un homme Or, tout homme est mortel Et ce qui est mortel est vraiment très casse-pieds Les casse-pieds sont de fieffés fouineurs Et les plus grands fouineurs sont les chiens Les chats sont donc des chiens Et en passant, les hommes aussi


I. A.

Tant que j’appartiens à un groupe,

 J’intègre et adopte le comportement, les mœurs, les us et coutumes du groupe auquel j’appartiens :

 Je trouve beau ce que le groupe auquel j’appartiens trouve beau sans avoir jamais cherché à éprouver personnellement la sensation de la beauté ;

  Je trouve bon ce que le groupe auquel j’appartiens trouve bon sans avoir jamais cherché à éprouver personnellement la sensation de la bonté ;

Je trouve vrai ce que le groupe auquel j’appartiens trouve vrai sans avoir jamais cherché à éprouver personnellement la sensation de la vérité ;

 Je me tiens à distance de tout ce qui s’écarte de la morale, des croyances ou de l’esthétique du groupe auquel j’appartiens, afin de ne pas en être écarté à mon tour ;

 J’affiche une personnalité intègre, constante et conforme au reflet qui m’en est renvoyé par le groupe auquel j’appartiens, tout en restant persuadé de ma distinction, sans avoir jamais songé à sonder la banalité, l’inconstance et la vanité qui sont propres à ma personnalité.

 Si j’appartiens aux groupes sociaux dominants, alors je m’efforce d’y conserver ma place, au détriment de ceux qui n’en font pas partie, en suivant les instructions précédentes, et en évinçant ceux qui ont le malheur de faire entorse aux instructions précédentes ;

 Si je n’appartiens pas aux groupes sociaux dominants, alors soit je déteste ces derniers ainsi que leurs valeurs et lutte pour que mon groupe prenne leur place, soit je les vénère ainsi que leurs valeurs et tente de façon aussi vaine que pathétique de m’y insérer en suivant les instructions précédentes.

 Le travail est le garant de la valeur de toute vie et la condition nécessaire de mon appartenance à un groupe : j’aime mon travail, qui est ma raison d’être, sans lequel je m’ennuie et me trouve confronté à la vanité, à l’inconstance et à la banalité de mon existence ; je me laisse parfois raisonnablement aller à quelque passion ou loisir afin de connaître le sentiment de plénitude d’un être accompli, libre et heureux, dont le travail n’est pas la seule raison d’être : j’aime être diverti.

 L’amour est la force motrice de toute vie et une condition suffisante de mon appartenance à un groupe : je tombe amoureux d’une seule personne appartenant au sexe opposé, je l’épouse conformément au rituel arbitraire en vigueur au sein du groupe auquel j’appartiens, et j’instaure une distinction hiérarchique formelle entre l’amour que je porte à cette seule personne durant toute ma vie, et l’affection qu’il m’arrive d’éprouver pour certains de mes amis.

 La famille est la finalité de toute vie et la célébration de mon appartenance à un groupe ; la famille, la communauté, l’espèce humaine, sont perpétuellement menacées de déclin et doivent à tout prix être maintenues en un perpétuel état de croissance, afin que perdurent leurs valeurs, leurs croyances et leurs manières, dont elles sont seules garantes, et qu’elles ont pour ultime mission de divulguer dans le néant de tout l’univers – et à la racine de cet important dessein : je trouve un travail qui satisfasse les aspirations du groupe auquel j’appartiens ; tombe amoureux d’une personne appartenant au sexe opposé dans le groupe auquel j’appartiens ; fonde une famille de taille et de nature correspondant aux attentes du groupe auquel j’appartiens, que je chéris et nourris en travaillant ; et transmets à ma progéniture le comportement, les mœurs, les us et coutumes du groupe auquel j’appartiens afin qu’elle puisse trouver beau, vrai et bon ce que le groupe auquel j’appartiens trouve beau, vrai et bon sans avoir jamais cherché à éprouver personnellement les sensations de beauté, de vérité et de bonté, dans le but de ne pas être écarté du groupe auquel j’appartiens.

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Tableau de Carlos Zinelli

Vidéo : « Fitter, Happier », de Radiohead


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