Archives de Tag: poésie

je suis un type plutôt normal
(enchanté de vous connaître)
une de mes arrière-grands-mères
avait la maladie d’Alzheimer
mon grand-père paternel frappait ses enfants
à coups de ceinture et les enfermait dans la cave
quant à ma grand-mère maternelle
un de mes oncles
et mon petit frère
ils sont atteints de schizophrénie
mon papa aime un homme très sympa
dont un fils est chômeur
et l’autre militaire
ce qui n’est pas du tout une maladie
comme une partie de la population le croit
mais forcément
ma maman a fait plusieurs dépressions
et j’ai aussi une cousine trapéziste
ce qui n’est pas une maladie non plus
rien n’est une maladie
ma femme est d’origine coréenne
sa sœur adoptive mythomane
leur papa adoptif malentendant greffé d’un rein
nous avons deux jolis petits enfants métisses
qui ont l’air tout à fait heureux
malgré une ascendance catastrophique
et même si j’écris quelques strophes
je suis un type plutôt normal


– Papa ?
– Quoi ?
– Z’ai une blague !
– C’est vrai ? Vas-y, raconte !
– Y’a un grand parking, très très haut, avec une massine qui monte les voitures zusque sur le toit, on rentre par là tu vois, vrrrrroum ! vrrrroum ! Et là une grosse pince elle attrape la voiture et elle la met à sa place ! T’as compris Papa ?
– Euh… Oui… et … ?
– Eh ben dans ce parking, tu sais, on peut même mettre des vélos ! Ha ! Ha ! Ha !
– … Ha ! Ha ! Ben dis donc ! Elle est bien ta blague !
– Oui hein ! Ha ! Ha ! Ha ! T’as vu ?!
– …

(dialogues philosophiques avec un gentil p’tit démon)


– Papa, tu es triste parce que ton papy Zeannot il va en retraite ?
– Oui. Il va en maison de retraite.
– Et après, quand ça ira mieux, il rentrera chez lui !
– Tu sais, je crois pas qu’il ira mieux en fait.
– Mais alors, quand est-ce qu’il va rentrer chez lui ?
– Peut-être qu’il ne va pas rentrer chez lui. Peut-être qu’il va rester là-bas. Et peut-être qu’un jour il ne sera plus là.
– Alors il sera où ?
– …
– Mais… il sera plus zamais là ? On pourra plus zamais le voir ? Plus zamais zamais papy Zeannot ?
– On se souviendra de lui. On parlera de lui.
– Mais ze l’aime bien papy Zeannot moi !
– Moi aussi, je l’aime beaucoup mon papy Jeannot.

(dialogues philosophiques avec un gentil p’tit démon)


trois grains de sable
sur sept cent soixante-dix-sept milliards
proviendraient tous très vraisemblablement
d’une vieille planète géante
réincarnée

ou d’une ancienne
falaise quasi entièrement érodée
par la légère et souvent presque fugitive
transhumance du calcaire

ou d’un troupeau
de cailloux qui roupillaient
dans le lit d’une rivière

ou du sable doux
dans le souffle du

vent

(poèmes universels pour microbes)


Les raisons sans cieux

(Google traduction)

..


youpi courrier
n’importe qui croit être une encyclopédie
tu te réveilles devant le livre des visages
tous les oiseaux chantent que
tu es un tube
et que ta femme est une guerrière d’Amazonie
en lutte contre les putes de ses propres plates formes
tout l’monde est connecté à son boulot
subitement le streaming de ta vie s’est figé
instantané de toi
en discussion instantanée
avec lunettes Google
« vous avez 10^100 messages à lire »
des torrents de lumières gratuites
à payer dans une baie virtuelle
quel programme
y’a-t-il au-dessus de nous
pour que tu daignes lire
ce truc


un livre d’artistes tout à l’encre de Chine, avec Françoise Giraud


– Bébé babouin ?
– Papa pouet pouet !

(dialogues philosophiques avec un gentil p’tit démon)


poème d’amour universel

l’âme en fusion
j’suis tout un univers en phase d’approche
qui t’envoie des œillades filantes
depuis des années-lumière
les membres de tes galaxies m’embrasent
quand les miennes frôlent tes courbes et tes globes
j’tire ta ceinture d’astéroïdes
tu sors d’orbite
éclipse totale / partielle / …
escale sur une micro planète
oubliée tout au fond d’un trou noir
où la vie
nait


– Bon, ta copine Elisa elle dit que t’as pas fait piscine avec elle l’autre jour au centre de loisirs, contrairement à tout ce que tu nous as raconté, comme quoi t’avais failli lâcher la frite et tout…
– C’est même pas vrai, z’ai fait piscine en fait…
– Ah bon ? Pourtant, Elisa elle dit que tu as été puni parce que tu es descendu dans la piscine par le toboggan alors que c’était interdit… C’est vrai ?
– Non, c’est même pas vrai.
– Regarde moi dans les yeux. C’est vrai ?
– …
– C’est vrai ?
– Oui.
– Et pourquoi tu y es allé si c’était interdit ?
– Mais peut-être, c’était parce que c’était Romain il m’avait poussé, peut-être…
– Peut-être ? T’en es pas sûr ?
– Mais Carole elle avait dit qu’on avait le droit d’aller sur le toboggan !
– Ah oui ? Elle a dit qu’on avait le droit d’y aller, tu y es allé, et elle t’a puni ?! C’est pas très logique !
– Mais c’est parce que mon maillot de bain il s’avait mouillé, alors quand ze me suis assis sur le bord du toboggan, ze voulais pas descendre, mais z’avais glissé parce que mon maillot de bain il était mouillé, et z’avais descendu, mais z’avais pas fait exprès Papa !
– Donc en fait c’est la faute à Romain, à Carole et à ton slip, mais c’est pas ta faute à toi, si j’ai bien compris ?
– Oui Papa, c’est ça !

(dialogues philosophiques avec un gentil p’tit démon)



« la fille aux cheveux de moine shaolin »
livre d’artistes avec une encre de Françoise Giraud


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