Archives de Catégorie: Poèmes de mon frigo

Brasse coulée

les corps pâles et sans tête plantés dans l'azur une bouffée d'oxygène quelques bulles d'argent filent bizarroïdes à la surface de la piscine autour des chairs bleuies des fesses et des for mes liquides les ventres des mamans enceintes qui s'agitent libérés du train-train quotidien et voici l'entrejambe d'une naïade connue une pluie de gamins comme des météores dans le vide aquatique de mon heure de sport juste un soir par semaine j'aurais voulu m'asseoir au fond du grand bassin sans mettre fin à ce ballet muet de jambes nues (mais non – je prends ma pause comme les autres et devant moi un type à l'air plutôt atteint plonge la tête, ressort la tête, plonge la tête... sans avancer. Les gens semblent s'en foutre)

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Illustration : couverture de l’album Nevermind, Nirvana


Quelques atomes dans une bouteille de bière

des galaxies dans l'espace des systèmes solaires dans les galaxies des planètes dans des systèmes solaires des océans sur des planètes des îles sur les océans des nuages dans le ciel des cellules dans la mer des oasis dans le désert des tribus dans les oasis des villages dans des cercles de bois des cités dans des murailles de pierre des appartements dans des immeubles des chambres des salons des salles de bain des cuisines dans des immeubles des tables des fours des frigos dans des cuisines des pots de yaourts et des packs de bière dans des frigos des bactéries du malt et des bulles dans les bouteilles de bière des galaxies d'atomes dans les bulles de la bouteille de bière et moi dans mon égo avec une des bouteilles de bière prise au frigo installé dans mon canapé plongé dans la télé -réalité d'un bon documentaire en avalant des galaxies d'atomes de planètes d'océans de nuages d'oasis de tribus villages cités etc. BURP !

Grammaire de notre monde

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image trouvée ici.

à cette époque le monde n'était qu' « Oh ! aïe ! ouf ! pfiou ! » magma informe dans l'esprit de dieu sait quels primates où bouillonnaient quelques interjections Puis au commencement était le verbe torrent insaisissable et tonitruant de lumière s'écoulant lentement depuis le ciel vers les déserts boueux de l'imagination Lorsque naquit de cette union le grand jardin des noms et sur les noms d'étendues vierges et de lacs blancs comme des pages blanches se découpèrent des substances d'étoiles et de nuages des nuages d'océans, de torrents, de rivières des rivières de plantes de fleurs d'arbres et de forêts et des forêts de faunes, de poissons, de lézards, des dinosaures de tigres et d'oiseaux fourmillant de serpents et de petits lapins Infiniment renouvelés par les fruits d'une angélique armada de pronoms et d'articles Or, toi et moi, à ce moment, nous étions là, au beau milieu de ce grand étalage de goûts et de couleurs Nous inventions des adjectifs, il y en avait des bleus, des roses, des forts, des faibles, des doux et des rugueux, des bons et des mauvais Et nous n'avions que l'embarras du choix : il a fallu tisser classer étiqueter tous ces produits imaginaires au fil des conjonctions et des prépositions Quand nous avons enfin créé la phrase après des millénaires de générations inconscientes nous avons balbutié quelques propositions sur la valeur des mots et la grammaire de notre monde Alors, après quelques fautes d'accord sur le choix de la marque d'un frigo conjugal que nous avons nous-mêmes réfrigéré et emballé avec le reste à l'intérieur de nos petits paquets de mots Nous nous entendons à présent : « – Je t'aime.  – Oh ! aïe ! ouf ! pfiou ! »

Lettre d’amour de mon congélateur

voici l'heure et l'endroit des comètes et du temps dans le congélateur d'une phrase secrète aux sodas abracadabrants – nous voici à présent dans ces mots : «  toi » « moi » « ici » « maintenant » (sur ce frigo ou n'importe où n'importe qui n'importe quand) quand nous communiquons nous sommes la même personne au même endroit en un instant et en un mot

Ötzi

tous les matins il va chasser dans le grand Nord avec les chiens traçant les marques et décochant la trachée de son arc en flèches surgelées sur les boites de conserve il va casser avec les siens dans le super- -marché picard des mots gelés et des machins et déchaussant à chaque soir sa soquette usagée il a caché les mots les mots boiteux qu'on cherche derrière la porte du frigo ayant léché une chose essentielle lorsque les siens l'ont retrouvé langue givrée il a laissé ses propres os à moelle l'or de ses chiens en travers de son livre à lécher

Harmonie du frigo

Pauvre et d'un esprit fermé il a ouvert le coffre du frigo et dans ce coffre il a trouvé sa propre dent le cœur d’Oedipe l’œuf d’un Phoenix dans les méandres des voyelles du cerveau qui s'échappaient dans des glaçons il se les est enlacé(e)s au lasso il a cogné très fort de son marteau ce n’étaient que des mots que des mots morts des morts-vivants en mille morceaux il y eut un cri et puis plus rien ce n'étaient que des mots

Le chant des baleines

... ... ... .... ... ... ... ... ... ... ... c'est à pas de souris d'ordinateur que les abois des loups de mer s'enfuient avec les poules mouillées il fait un temps de chiotte chevauchant les baleines des parapluies tombant dans l'air des chiens battus mais noyé dans les vers de mon poème campé sur des chimères et à cheval sur les principes je mène mon bateau canard

Titanic personnel

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Sous l'eau, il y a La table d'une cuisine (sans chaises) qui flotte sans un son, lentement Au dessous d'une longue pendule (sans tic-tac) et d'un four micro-ondes de vieux jouets d'enfants legos – ou playmobils – désassemblés Ainsi qu'un très ancien escalier en colimaçon (il tourne sur lui-même) avec des photos de jeunes femmes aimées de vieux amis perdus à jamais et des posters de stars du rock On imagine que – la valse entraînante d'un phonogramme désuet (Lequel jouait, jadis de vieux airs de Thom Yorke) Fait danser sans un bruit des éclats de miroirs des bouts de vitres brisées déchirant les cadavres bleuis de passants oubliés /// Et il faut s'attarder sur celui de l'acteur principal – Qui comme moi avait encore sa belle gueule d'adolescent maigrichon et le sourire glacé de la scène finale Quand tout au fond de l'océan (dans un silence monumental – s'est scratché l'énorme paquebot de son passé) Voilà ce qu'il y a, tous les matins, sous l'eau de mon lavabo.

Par le hublot

Par le hublot Par le hublot de chambres froides sous le ciel, bleus sous le ciel vide on voit des hommes à têtes de renards des femmes aux jambes de jeunes biches des gosses aux mains de petits écureuils des types aux nuques de vautours des garces aux crocs de louves des mômes aux mains de petits rats bleus, parce que dans des frigos cryogéniques eh oui, il pleut des étoiles filantes par le hublot de l'astronef sous le ciel bleu sous le ciel neuf Le temps n'est plus et nul ne voit doucement s'imprimer le reflet dans les cœurs des étoiles sur la Terre et du vide scintillant qui palpite de lumières et s'en va doucement par le hublot de verre de l'arche du futur il pleut des étoiles filantes sur notre chère planète bleue et des lumières scintillantes couvrent la Terre de mille feux il y a des hommes à têtes de renards rêvant de femmes aux jambes de jeunes biches qui font des gosses aux mains de petits écureuils qui rêvent des forêts des prairies des vallées des montagnes des torrents de l'eau bleue que des types aux nuques de vautours des garces aux crocs de louves des mômes aux mains de petits rats couvriront des lumières dont ils rêvent

Allergique


Allergique au pollen Allergique au printemps Au lactose, au gluten A la poussière du temps qui passe Elle aimait le béton Les détergents Et le savon (Mais surtout pas Les agents d'entretien) Elle pourchassait la moindre trace Sur la faïence et les miroirs – Et le contact De son amant Lui donnait des montées d'urticaire Pourquoi donc se livrer à tel acte ? Elle refusait qu'il la voie nue Avec toute la Xénophobie De son tout propre corps Et ne parlait jamais aux inconnus Elle ne mangeait pas trop (Il se pouvait Qu'elle dégobille) Mais couvait une étrange haine Du fond de ses entrailles : On ignorait qu'elle votait FN Obsédée par la réussite Elle bossa dur ses examens Malgré ses crises de rhinite Puis brisant tous ses concurrents Dans de discrètes poussées d'eczéma Se construisit un univers plus rassurant.

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